Le Crépuscule En Marche  

Conséquence des municipales et de la nomination du gouvernement en juillet, les électeurs de six départements français étaient invités à se rendre aux urnes dimanche dernier pour élire leurs députés.

Les résultats du premier tour, marqués par des taux d’abstention extrêmement élevés, l’ont été aussi par les cinglants revers essuyés par les six candidats de La République en Marche, dont aucun n’est parvenu à se hisser au second tour. C’est quand même très particulier – et significatif – que le parti présidentiel ne soit pas représenté à une partielle et c’est assurément un signe de faiblesse. Le fait que LaREM connaisse des problèmes idéologiques ces derniers temps, que son bureau exécutif se déchire et que les courtisans se battent entre eux n’a pourtant pas d’incidence sur l’élection, cette situation étant trop récente. Le mal est plus profond. Les scores de LaREM lors de ce premier tour des élections partielles sont éloquents : de 2017 à 2020, ils sont passés au Val de Marne de 29,5% à 10%, comme en Seine Maritime. Et, dans le Haut-Rhin, un effondrement : de 26% à 3% ! Elus naguère grâce à la photo de Macron sur leur affiche de campagne, les députés de ce nouveau parti arrivés au Palais Bourbon pour un CDD bien rémunéré tels des gamins entrant en maternelle, ont peu à peu laissé une piètre image, comme LaREM depuis que ses dirigeants ont connu la chute d’Icare en croyant s’approcher du soleil.

Déjà, lors des municipales, il avait été relevé un taux d’abstention très élevé, imputable sans doute en bonne partie aux craintes des électeurs devant la pandémie du Covid-19. En pleine résurgence de l’épidémie, dans ces élections partielles, le taux moyen d’abstention pour ces six scrutins s’établit à près de 80%. Quelle valeur accorder à des élections avec un tel taux d’abstention ? Il faudra bien un jour mettre des limites au ridicule et annuler les scrutins si le taux des abstentions est ainsi trop élevé. Comment parler au nom du peuple, lorsqu’on obtient par exemple le score d’Isabelle Santiago, arrivée en tête dimanche dernier lors du scrutin d’Ivry-Alfortville avec les voix de 4,38% des inscrits ? Les politiques devront réfléchir à ce phénomène qui ne fait que s’accentuer. Il en va de notre démocratie…

Après le long épisode des municipales perturbées par l’épidémie et les récentes partielles que nous venons d’évoquer, se joue en cet automne une autre élection visant à renouveler les sénateurs de la moitié des départements, dont le Tarn. Tous les électeurs ne peuvent pas voter pour les élections sénatoriales mais seulement, dans un scrutin indirect, ceux que l’on appelle les « grands électeurs », soit un millier environ pour notre département, Parlementaires, Conseillers régionaux et départementaux, délégués communaux, formant le collège électoral appelé aux urnes dimanche prochain. Le Sénat est la « Chambre haute » du Parlement. Les 348 sénateurs y représentent les élus locaux. Ils sont chargés de voter le Loi comme les députés et d’assurer un contre-pouvoir. Nous venons d’évoquer les mauvais résultats de LaREM dans les législatives partielles. Il se pourrait que le vent de l’Histoire continue de souffler aussi sur les sénatoriales, le Président du groupe de LaREM au Sénat, François Patriat, avait été élu en 2014 comme socialiste ainsi que douze autres sénateurs : il se pourrait que le PS compte bien récupérer ces sièges !

Dans le Tarn, les deux sortants sont Philippe Bonnecarrère et Thierry Carcenac. Ce dernier ne se représentant pas, les candidatures se sont multipliées. Il y a, bien sûr, celles que l’on appelle des « candidatures de témoignage ». Nous n’épiloguerons pas. Les Verts, par exemple, s’ils ont récemment enchaîné les bons résultats électoraux dans de grandes villes, pourraient, dépouillés de leurs appuis de gauche, voir leur vague se briser sur ce scrutin. Souvent, à l’occasion d’élections, on voit de tout en matière d’arrangements, de reniements, de valses-hésitations, de stratégies politiciennes à court terme ne pouvant cacher de véritables ambitions : une place éligible sous les ors dorés de la République ! Il y a la candidature de deux parlementaires tarnais qui s’affirment centristes, de ce Centre qu’ils ont tellement combattu dans leur parcours, avec le sectarisme du RPR pour l’un et la représentation alternative de tous les courants de l’éventail politique de la droite pour l’autre, le bal des infidèles se clôturant à la République en Marche. Il sera difficile au sénateur sortant de faire oublier que sa tentative de faire battre celle qu’il avait installée à la mairie d’Albi a échoué. Michel Franques, le Premier adjoint, se charge de cette « réponse du berger à la bergère ». Il apporte à cette élection une notion de sérieux qu’il partage avec Paul Salvador, excellent gestionnaire d’une importante communauté de communes…

Puis-je terminer sur une anecdote amusante ? Lors des dernières sénatoriales, Michèle Alliot-Marie, députée européenne, s’était déplacée en vain jusqu’à Pau, pensant qu’elle faisait partie des grands électeurs de ce département. Piqûre de rappel à celle qui fut pourtant maître de conférences de droit public : les députés européens ne font pas partie du collège des grands électeurs !