Le droit au rêve

Tout ce que la France compte de personnalités politiques, d’éditorialistes et d’intellectuels a exprimé en ce week-end de Pâques un avis sur la phrase de la maire écologiste de Poitiers qui a déclenché une polémique nationale.

Léonore Moncond’huy défend sa décision de supprimer les subventions aux aéro-clubs, affirmant pour se justifier : « L’aérien, c’est triste, ne doit plus faire partie des rêves d’enfants : vous ne vous rendez pas compte des rêves dont on doit protéger les enfants. Je considère que c’est protéger les enfants et protéger leur avenir que de prendre ce type de décision ».

Partagée sur Twitter et près d’un million de fois reproduite, la vidéo des débats a concentré les attaques et la petite phrase a mis le feu aux poudres auprès de très nombreuses personnalités politiques, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, en passant par une farandoles de ministres et de responsables. Bruno Lemaire a qualifié de « totalement stupides » ces propos, le ministre de l’Economie poursuivant : « C’est une folie qui est non seulement révoltante mais dangereuse », Jean-Baptiste Djebbari, ministre des transports les qualifiant de son côté d’ « élucubrations autoritaires et moribondes ».

Chez les écologistes, terriblement gêné, l’eurodéputé Vert Yannick Jadot a lui aussi pris ses distances avec les propos incriminés de la maire de Poitiers : « Je pense que les rêves, c’est l’intimité », rappelant aussi que lu-même avait pu « découvrir une partie de la beauté du monde grâce à l’avion »… Quant à l’ex-eurodéputé Daniel Cohn-Bendit, pourtant Vert convaincu depuis de nombreuses années désormais coqueluche des médias et gourou de la macronie, il a fait part de son courroux sur LCI : « Moi, j’ai pleuré quand le premier homme a marché sur la lune et maintenant arrive une écologiste qui me dit d ‘arrêter de rêver ? Qu’elle aille se faire foutre ! » Diantre ! Quel langage de ruffian, mais elle méritait bien cela, la gueuse ! Je n’ai jamais pensé que je pourrais un jour être d’accord avec Cohn-Bendit. Eh bien, la dame de Poitiers a réussi à faire que j’approuve le bonhomme !

L’idéologie écologique fait-elle preuve de cynisme et de la bêtise la plus profonde ? La maire de Poitiers prône la décroissance. Quand on pense que Poitiers, c’est le Futuroscope, René Monory doit se retourner dans sa tombe ! Tout dans cette histoire est exagéré. Prétendre modifier l’inconscient  des petits français en refusant une subvention de quelques euros accordée à des adultes est exagéré. Et contre-productif surtout, lorsqu’il s’agit des clubs qui font des vols de découverte gratuits pour donner leur part de rêve à des enfants et des adultes handicapés mentaux.

Que pense madame Moncond’huy de ces adorables idoles du féminisme, abominables pollueuses, Hélène Boucher, Maryse Bastié ou Jacqueline Auriol, assurant dans les airs l’égalité et la promotion de la gent féminine ?

Il en est de la politique comme de l’information qui, par recherche de l’audience, met en valeur les minorités qui peu à peu s ‘imposent dans le débat, pendant que la majorité silencieuse se morfond. A Poitiers, cette dame a été élue avec les voix de la gauche tout entière et 5 995 voix sur 43 705 inscrits, avec 63% d’abstentions. C’est édifiant ! Et les absents n’ont pas le droit de se plaindre. Voilà ce que cela donne, le « Pouvoir des urnes ». On blague, on reste à la maison, ou l’on « va à la pêche », et, dans le cas présent, on en prend pour six ans. Bravo à vous, électeurs de Poitiers, Bordeaux, Lyon et les autres. Il vous en faut encore ? Après « l’arbre mort » de Noël à Bordeaux, la condamnation du Tour de France ainsi que l’instauration des repas sans viande dans les cantines à Lyon, les maires écologistes collectionnent les sujets de controverse censés illustrer l’écologie radicale dans les municipalités conquises par EELV en juin dernier.

Vouloir contrôler même les rêves, n’est-ce pas le signe premier d’une attitude totalitaire à l’égard des personnes ? Décidément, cette écologie-là, adoubée par la gauche, c’est : Non, merci ! On en viendrait à regretter le bon vieux PC de Georges Marchais : il défendait les ouvriers français, il s’opposait à l’immigration, il était favorable à l’énergie nucléaire… Mais, comme le chantait Aznavour : « Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… ». La politique n’a pas à s’intéresser aux rêves des Français ? Et le rêve d’Icare ? Madame Moncond’huy a, elle aussi dû passer trop près du soleil…