Le feuilleton

Le discours d’Emmanuel Macron de dimanche dernier avait été longuement annoncé, attendu, les médias se perdant en conjectures pour entretenir le suspense sur son contenu. Je suis toujours étonné du retentissement accordé par les Français en général et plus spécifiquement par les médias à ces grandes messes télévisuelles. Il s’agit là de la quatrième intervention solennelle en quatre mois. « Un feuilleton bavard, pour ne rien dire » en tire laconiquement comme analyse Jean-Luc Mélenchon dont on n’attendait pas, bien sûr, un avis enthousiaste. A voir tout le papier et autres pseudo-analyses et commentaires générés par ces opérations de communication, il n’est guère étonnant que nos dirigeants finissent par passer plus de temps à communiquer qu’à agir.

Les journalistes espéraient que le Président nous réserverait des surprises et ce fut une longue litanie de lieux communs. Comment vingt millions de Français ont pu regarder sa prestation ? Peut-être pour savoir si les bistrots allaient rouvrir ? Ce fut le cas, avec aussi l’assouplissement des règles dans les écoles et la levée de l’interdiction des rassemblements de plus de dix personnes. Si l’on ajoute que, bousculé par un nouveau front, le chef de l’Etat devait s’inquiéter des manipulations contre le racisme et des violences policières, cela aurait pu ne prendre que quatre minutes, s’il avait la concision d’un Georges Pompidou. Pour le reste, en dehors du propos d’une suave satisfaction de soi, j’ai retenu, à travers la fenêtre, une jolie fontaine. C’est tout.

Nous sommes dans un moment tragique de notre Histoire où dès que l’on pense avec bon sens, on est l’allié du Mal. L’impossibilité de mettre sur la table les sujets qui préoccupent les Français, comme l’insécurité, l’immigration, l’islamisation sous peine de « faire le jeu de l’extrême droite », a conduit le Président à en faire depuis longtemps l’impasse. Force est de constater la présence sur notre sol d’enclaves séparatistes de plus en plus radicales dans leur refus des obligations qu’entraîne la présence en France et plus encore l’appartenance citoyenne à la communauté nationale. Certains autres, certes, sont aussi pour le séparatisme, avec la Méditerranée comme séparation !

Un peuple, c’est considérer un territoire, non comme un espace, mais comme une appropriation collective partagée. C’est espérer un lointain commun par l’appréhension et l’assimilation de vecteurs culturels, d’us et coutumes dont l’intelligence civilisatrice a été éprouvée, et non une hypothétique coexistence de particularismes. C’est sublimer l’émotion que procure la Fraternité qui s’ajoute dans notre slogan à la Liberté et l’Egalité. C’est, par la synthèse de ces principes, espérer la pérennisation d’une Nation, seule garante de leur préservation. C’est cela, un destin ! L’antithèse d’un « vivre ensemble » qui n’est qu’une liberté rhétorique d’une rare perversité, puisqu’elle vise contradictoirement à l’impossibilité de vivre ensemble !

Nous restons toujours sur notre faim lorsque le Président n’aborde pas ces questions régaliennes. Heureusement vint à propos dans la bouche d’Emmanuel Macron le refus de toute repentance historique et nationale : « La République n’effacera aucun nom de son Histoire et ne déboulonnera pas de statue ». Si l’on trouve là une contradiction avec ses paroles d’Alger où il affirmait que la colonisation était « un crime contre l’humanité », c’est que l’on n’a rien compris au « en même temps » macronien. « A qui veut régénérer une société en décadence », a écrit le pape Léon XIII, « on prescrit avec raison de la ramener à ses origines ».

Emmanuel Macron nous a annoncé pour juillet le cinquième épisode de ce feuilleton. C’est original, un Président qui fait sa propre « bande-annonce » de ses discours à venir ! Ce qui est terrible, c’est qu’on ne perçoit pas au dehors la moindre réaction du malade, comme libéré par la sortie du confinement et la possibilité de retourner au restaurant ! L’hégémonie du discours public lénifiant est à peine troublée par quelques notes discordantes des médias alternatifs ; c’est dire si nous sommes loin de l’application d’un programme politique à la hauteur du sursaut national nécessaire. L’action des patriotes démocrates et sociaux doit s’appuyer sur trois axes indissociables : l’identité historique du peuple de France, la souveraineté pleine et entière de la Nation, la justice sociale avec la valeur du travail et du mérite personnel.

Il me vient à l’esprit, à propos du « monde nouveau » que nous promettait en 2017 Emmanuel Macron, ce que Charles d’Aragon écrivait, à propos de la Quatrième République, dans l’Almanach du Tarn Libre de 1954 : « La IVème République est née dans l’espérance. L’Histoire devait, avec minutie, avec acharnement, avec raffinement, décevoir cette espérance ».

Pierre Nespoulous