Le Front national en quenouille

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Mon Neveu,

On choisit ses amis, mais pas sa famille, on la subit.

C’est ce que doit se dire Jean-Marie Le Pen au spectacle de ses héritiers ouvrant avant l’heure une succession dont le fait générateur n’est pas intervenu.

Ce qui accroît la difficulté de la liquidation de cet héritage est que les héritières présomptives sont des femmes : Marine, Marie-Caroline et Marion par représentation.

On connaît la difficulté en France d’admettre l’accès des femmes à une quelconque souveraineté depuis qu’au XIVème il fut décidé que le Royaume ne devait pas tomber en quenouille comme l’avait précisé Robert de Clermont, le dernier fils de Saint Louis, encore vivant ; l’Angleterre fit naturellement le contraire.

Les conséquences furent que les héritiers de France furent trop souvent des enfants alors que ceux d’Angleterre sont de vieux messieurs comme le fut Edouard VIII après Victoria et comme le sera le Prince Charles après Elisabeth II. Ceci pour la bonne et simple raison que les Reines vivent plus longtemps que les Rois !

Cette comparaison n’a rien à voir avec ce qui se passe aujourd’hui dans la famille Le Pen.

Peut-être ! Encore que nous souhaitions longue vie à toutes, mais si l’on veut être comme les autres, il ne suffit pas de renier ce que l’on a été. Ni surtout oublier que si l’on est là, c’est parce qu’un vieux combattant, sur lequel il y a beaucoup à dire, a donné cette onction initiale que l’on prétend aujourd’hui effacer.

Jean-Marie Le Pen a bien senti qu’on ne le voulait plus, que symbole, devenu image, puis souvenir, il serait bientôt un empêcheur de tourner en rond.

Jean-Marie Le Pen a toujours voulu exister ; depuis l’aube de son parcours, depuis que jeune étudiant il présidait la corporation de la Faculté de droit de Paris, depuis le poujadisme, le parachutisme militaire, depuis tant d’aventures terminées mais pas oubliées, depuis la création du Front national, la présence inattendue aux élections présidentielles, il a décidé de ne pas être de ceux qu’on oublie et qui disparaissent avant d’être morts.

Alors, il réagit. Il lui reste des armes qui, parce qu’elles étaient inacceptables, ont soulevé l’indignation publique.

Souvenir d’un passé qui ne s’efface pas, il va les jeter dans le marécage des affrontements publics dans la seule intention d’embarrasser les siens, leur rappelant à la fois d’où ils viennent et ce qu’il fut.

Comment ne pas comprendre que ce qui lui importe aujourd’hui est de savoir comment l’Histoire parlera de lui.

Sera-t-il considéré simplement comme l’origine sulfureuse d’une formation politique qui a tenu à devenir banale en s’exonérant de lui, ou bien, deviendra-t-il l’un de ces accidents de l’Histoire dont notre pays connaît parfois le retour, à l’exemple du destin romanesque du général Boulanger ?

Célestin Crouzette

255ème lettre de Célestin Crouzette, propriétaire exploitant à la Montagne, à son Neveu, Innocent Patouillard, contribuable Castrais