Le Gaj’ : la tradition rajeunie des troubadours cathos

C’est une joie simple, apaisante et communicante qui surgit à l’écoute d’un disque du Gaj’. Depuis 1998, ce groupe musical créé au Lycée Jeanne d’Arc de Mazamet, remplit les églises et fait chanter la cathosphère tarnaise, parrainé par les inoxydables Frères Pradelles. Un troisième disque est sorti en septembre dernier. Voici leur histoire.

L’histoire démarre donc au lycée Jeanne d’Arc de Mazamet où Nicolas Hermet, animateur de la radio scolaire, s’associe avec François Rodier qui possède un talent d’animateur hérité de son père Michel, aujourd’hui diacre pour le secteur de Castres. Nicolas propose à François de rencontrer Frédéric Bardet, le compositeur du fameux “Doudou”. Leur mission consiste à animer un concert pour les Premières et les Terminales. Sans répertoire propre, les trois copains reprennent les chansons de Jean et Pierre Pradelles, les célèbres curés chantant. L’amitié se construisant, ils poursuivent l’aventure en organisant des veillées en chanson, jusqu’à ce que Jean et Pierre Pradelles les embarquent pour chanter durant leurs concerts.
Nicolas, devenu journaliste à RCF, quitte le groupe et laisse la place aux futures épouses de François et de Fred. Christel et Caroline ajoutent un joli brin de voix à celles de leurs fiancés guitaristes. Ils incarnent cette génération de jeunes catholiques qui s’engage en famille, bien dans ses baskets, d’autant plus décomplexée de partager sa foi qu’elle la communiquent en chantant : pas de manif, pas de revendications, mais le témoignage d’une espérance purement évangélique.
Dans une société définitivement sécularisée, le manque de culture religieuse, la liturgie austères de paroisses vieillissantes, la fatigue des prêtres éreintés par une géographie paroissiale de plus en plus élargie, et l’opacité du langage ecclésial sont un frein à la nouvelle évangélisation voulue par le Saint-Siège. Mais ça et là, des graines de renouveau ressurgissent à l’image du courant musical catholique appelé pop louange et des communautés nouvelles qui le pratique. François Rodier, leader du groupe le dit ainsi : “Nous sommes des gens qui ont la foi et qui témoignent en musique d’une vision du monde et de la société. C’est montrer qu’être catho ce n’est pas être ringard ou en dehors du temps. Mais nous ne sommes pas des portes drapeaux et nous ne faisons pas que du catho-catho”.

Les évêques ne peuvent qu’encourager les initiatives de ces jeunes qui s’emparent de leur identité pour en montrer une facette plus heureuse et plus en phase avec la société. Ainsi, en 2005, le diocèse appelle le Gaj’ pour animer le forum des initiatives missionnaires. C’est le début d’une activité qui voit le groupe partir sur les routes une trentaine de fois par an, dans le Tarn et les départements limitrophes. C’est aussi l’année du premier disque, enregistré dans la salle paroissiale de la Verdarié, transformée en studio par Benoît Gatimel, ingénieur du son.
Le Gaj’, est-ce de la pop louange, à l’image du groupe Glorious qui fait un tabac dans les milieux catho français ? La pop louange, c’est comme la world music, c’est fait de codes musicaux universels qui entraînent le public dans un rythme qui prend le corps tout autant que le cœur. Ceux qui ont fait l’expérience des Journées mondiales de la Jeunesse sont revenus avec des refrains entêtants, musicalement dignes d’Abba, des Beatles ou de Mickael Jackson. François reconnaît modestement que leur style pop rock pourrait s’y apparenter, même s’il revendique une capacité à produire de vrais textes, car leurs références profanes vont aussi d’Aznavour à Goldman. Il faut dire que depuis leurs débuts, les deux garçons se sont mis à composer. “Nous écrivons nos chansons de façon séparée” explique François, “tout d’abord les paroles, et puis la musique quand nous sommes d’accord”. Et maintenant le public chante leurs chansons.

Après un deuxième disque enregistré en public en 2008, et un succès qui les a vu remplir la salle Gérard-Philipe à Castres (après avoir refusé  200 personnes au théâtre), le groupe s’est enfermé en février 2013 pour autoproduire son troisième album, “J’ai rendez-vous avec toi”. Cet opus est un peu plus rock et moins conventionnel que les précédents. Le rendez-vous avec le public est proche pour deux concerts. Les Pradelles, qui viennent aussi de publier une nouvel album, seront aussi sur scène pour constater la maturité artistique de leurs protégés et la tradition rajeunie des joyeux troubadours cathos, si joliment incarnée naguère par leurs mentors communs, Raymond Fau. Bonne route.

Richard Amalvy

Les disques sont disponibles à la fin des concerts, sur le site internet du groupe (www.groupe-gaj.com), dans les librairies catholiques et à l’espace culturel Leclerc de Castres.