Le nouveau chemin ?  

C’est un air célèbre, tiré de l’opéra-comique « La fille de madame Angot » :« C’était pas la peine… assurément, de changer de gouvernement » ! L’avenir dira si le renouvellement de l’équipe gouvernementale opéré le week-end dernier aura été une réussite ou pas.

Sorti du néant en 2017, Emmanuel Macron avait promis de bouleverser l’ordonnancement de la vie politique en France et de réformer à tour de bras. Manifestement, il n’y est pas parvenu et l’on ne retient que diverses affaires l’ayant freiné : Benalla, les gilets jaunes, les manifestations de rue, et le Covid-19. Alors, parmi les remèdes, le moins douloureux pour lui est le remaniement, « le nouveau chemin ».

D’abord, il y a le Premier ministre, Jean Castex, ce haut-fonctionnaire qui a l’accent de chez nous, choisi par Emmanuel Macron dans un but bien précis, celui de l’exécutant, au point qu’il lui a choisi, fait rare, le directeur et le chef de cabinet. Déjà, à l’époque de Chirac/Sarkozy, Chirac avait dit : « Je décide, il exécute », ce qui est la logique même : il serait pour le moins incongru que le Président nomme un ministre qui fasse le contraire de la ligne présidentielle. Jean Castex avait annoncé qu’il parlerait dans la semaine. Pas question ! « Je suis le chef » avait dit Emmanuel Macron, on s’en souvient, au général de Villiers. Castex s’exprimera donc après le chef, après le 14 juillet : un premier ministre est vite remis à sa place de domestique.

Et puis, il y a la grande scène de théâtre. Tous les ingrédients sont réunis. Comme au théâtre, il y a les comédiens qui connaissent bien leur rôle : on ne les déplace pas, les Le Drian, Blanquer, Le Maire, Parly. Il y a aussi ceux qui, tour à tour, changent de rôle, dans un jeu de chaises musicales : les Darmanin, Borne, Riester, Dussopt, et, comme au théâtre, il y a ceux que l’on n’attendait pas : Bachelot, Dupond-Moretti, et, dans une opération vide-greniers, ceux qu’on ne reprend pas parce qu’ils ne sont pas bons Castaner, Belloubet, Ndiaye. Souhaitons aux remplaçants de ces derniers de nous laisser un meilleur souvenir de leur passage. La politique qui flatte l’un un jour le broie le lendemain et il n’y a pas d’acquis.

L’on peut s’attarder quelques instants sur ce qui, dans les « étranges lucarnes » – comme le canard qualifiait naguère la télévision – accapare les discussions, les surprises majeures du « casting » ministériel. Roselyne Bachelot à la Culture : pas grand monde n’attendait l’ancienne ministre de la Santé, pharmacienne de profession, reconvertie en chroniqueuse à la télévision, qui il y a peu avait juré : « la politique, c’est fini », à un retour dans un milieu où elle baigne depuis toujours, ayant pris ce virus de son papa, le député Narquin.

Mais surtout, ce qui alimente les discussions les plus animées, c’est la nomination d’un ténor du barreau comme Garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, le Pavarotti du barreau là où on n’avait que Dalida Belloubet ! Un avocat devenu patron des magistrats ? Il y eut des prédécesseurs célèbres : Danton, Briand ou Badinter, même si, pour Danton, l’affaire s’est mal terminée. Le Syndicat de la magistrature, d’ailleurs, a déjà déterré la hache de guerre, mais si ceux qui disent « J’ai l’impression de vivre un cauchemar éveillé » sont ceux qui rédigèrent le « mur des cons », c’est plutôt une bonne nouvelle. Eric Dupond-Moretti, l’avocat défenseur des cas indéfendables et désespérés, surnommé « Acquittator » ? Excellent choix pour défendre Macron.

La politique est un univers impitoyable. Et Macron a démontré qu’un poste ministériel pouvait être un excellent tremplin, même au prix de la déloyauté, avec à sa disposition les moyens financiers et relationnels du ministère. La méthode va-t-elle faire des émules, sachant qu’on ne voit pas bien comment Macron pourrait froncer les sourcils sur le sujet !

Comme l’a écrit Paul Valéry : « Ce qu’il y a d’ignoble dans la politique, c’est la perpétuelle ambiguïté des paroles et des doctrines dont on ne sait jamais si elles tendent à quelque vérité ou à quelque intérêt privé, ou sont mues par des sentiments et si ces sentiments sont vrais ou simulés »…

Pierre Nespoulous