Le numérique organisateur

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Il y a un demi-siècle, appelé par les nécessités encore subalternes de l’administration et de l’organisation des actions humaines sous le nom réducteur d’informatique apparut le numérique.

Il était peut-être l’un de ces vecteurs ignorés mais présents dans les cervelles humaines que la science mathématique, mère de toutes les autres, allait faire jaillir avec cette amplitude sans terme qui marque les grandes découvertes.

Cette présence dans le fonds inexploité de la conscience se révèle aujourd’hui par cette aptitude innée de l’enfance et de l’adolescence immédiate à vivre mieux que nous dans un monde digital.

Peut-être à l’aube de la pensée n’avait-on pas perçu que ce qui est partout peut n’être nulle part.

Parce qu’il était intemporel et inlocalisable le numérique resta illisible.

C’est parce qu’il est la contreface de la réalité que le virtuel peut exister comme le numérique qui ne se voit pas et qui ne produit pas de produits manufacturés et devient pourtant une industrie.

Porteur d’une puissance inouïe, dépositaire d’archivages sans limites qui lui donnent une mémoire infaillible et capable de calculs surdimensionnés, le numérique sera la plus grande science d’application des mathématiques et toute séance d’application à ses industries.

Il faudrait donc que l’on se rendre compte à Castres, à Mazamet et ailleurs que dans les dix ans qui viennent les ¾ des emplois numérisables auront disparu.

Il n’y a là que le pouvoir destructeur des grandes découvertes comme l’électricité ou la machine à vapeur.

Ce pouvoir est immédiat mais provisoire. La suite montre que les sources de nouveaux emplois sont considérables. L’ennui, c’est qu’ils ne sont pas au même endroit que ceux qui disparaissent.

Car, la grande différence avec le passé est que le numérique est intemporel et à priori inlocalisable.

Comme l’imprimerie a été une industrialisation de l’écriture, le numérique est une industrialisation de l’information.

La matière première va des grandes sources d’information élaborées jusqu’aux réseaux sociaux (Tout fait ventre).

Une course mondiale aux positions dominantes s’est établie ; l’accélération a fait naître des milliardaires de l’informatique. Mais, ces circonstances sont de nature financière plus qu’industrielle, et une industrie sans préalable, sans localisation obligatoire est sans dimension nécessaire.

En effet, on peut faire du numérique partout, dans sa chambre comme dans le désert de Gobi, à un ou à plusieurs, comme à beaucoup.

Un seul obstacle : le numérique est fragile, ce qu’il produit peut-être emprunté, publié, détourné ; les systèmes, les stratégies, les réseaux doivent être protégés. Une cybersécurité doit les suivre comme leur ombre.

Il n’y a donc pas de lieux prédestinés. Les possibilités d’activités numériques flottent partout ; il faut les saisir au vol.

Ce qui signifie que le numérique peut-être un extraordinaire vecteur de décentralisation parce qu’il est à la disposition d’initiatives multiformes et multidimensionnelles.

Le déploiement du numérique ne sera pas seulement une rupture technologique mais une mutation sociale.

Numérisés, de nombreux emplois vont disparaître mais d’autres naîtront plus nombreux et la capacité organisationnelle du numérique ne manquera pas de s’exprimer dans les formes de notre avenir collectif.

Jacques Limouzy