Le Sommet des deux rives

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Dans le vocabulaire politico-journalistique, le terme de « sommet » est régulièrement utilisé pour désigner une réunion de Chefs d’Etat. Le « Sommet des deux rives de la Méditerranée » était organisé ces 23 et 24 juin à Marseille. Son organisation avait été lancée début 2018 à Tunis, afin de réactiver une « Union pour la Méditerranée » autour de thèmes communs : la jeunesse, l’environnement, la culture, dans le but de relancer la dynamique de coopération en Méditerranée occidentale par la mise en place de projets communs. L’Union pour la Méditerranée, peut-être trop ambitieuse avec un périmètre trop large de 43 pays, vivotait depuis Nicolas Sarkozy, et Emmanuel Macron lançait ainsi une initiative politique resserrée à la Méditerranée occidentale. Son projet ambitionnait de réunir les chefs d’Etat de dix pays : cinq au Nord : Espagne, Portugal, France, Italie, Malte, et cinq au Sud : Maroc, Mauritanie, Algérie, Tunisie, Libye. Sur le fond, j’ai beau chercher, mais je ne trouve pas de rive méditerranéenne à la Mauritanie, au Portugal non plus, d’ailleurs. Mais passons, notre Président est réformateur, il réforme même la géographie.

La Méditerranée est un carrefour, depuis longtemps, entre des cultures qui se sont nourries, enrichies mutuellement au cours de l’Histoire, mais aussi combattues, dans des conflits qui ont morcelé l’espace méditerranéen. Las ! La rencontre n’a pas été la grande relance politique du dialogue des pays de la Méditerranée voulue par Emmanuel Macron. Le « sommet » de Marseille n’a pas répondu à l’ambitieuse promesse que celui-ci s’était fixée. D’ailleurs, la situation à Alger et en Libye aurait dû l’inciter à la prudence. Qu’à cela ne tienne, se retrouvant le seul Chef d’Etat dans ce « sommet », le Président, conscient que la chose ne pouvait guère avancer en l’absence de partenaires, a fixé un nouveau rendez-vous, « dans six mois et dans un autre lieu », en demandant de rajouter une thématique absente des premiers travaux, celle de l’ « Histoire et la mythologie commune », évitant, comme on s’en doute, d’y inclure les sujets les plus sensibles ! L’impératif du « vivre ensemble » amène à tout manier avec précaution. Encore heureux que Macron n’ait pas renouvelé sa scandaleuse affirmation de « crimes contre l’Humanité » à l’encontre de notre pays…

Il se faisait fort, déjà, de relancer l’Union Européenne et de l’agrandir encore. Attention à jouer au Bon Samaritain avec des Nations qui ont une tout autre culture que celle du peuple européen et avec lesquelles une vie commune est de plus en plus contestée. Peut-être avait-il aussi l’esprit ailleurs, ayant consacré, selon tous les commentateurs, son week-end dans la cité phocéenne à diverses visites et rencontres dans une activité de chef de parti, celui de La République en Marche. Les élections municipales approchent, comme on le sait…

Ce « sommet » pompeusement nommé « des deux rives » n’est-il pas plutôt celui de la dérive ? Emmanuel Macron estime qu’ayant redressé la France, il faut chercher du travail ailleurs. Alors il lui suffit de traverser la rue… Pour l’Europe, c’est mal parti pour lui. Alors, voyons du côté « mare nostrum » ? N’est-ce pas là la façon de faire – qui serait contagieuse – d’un ancien Premier ministre, parti jouer, lui, sa chance à Barcelone ?

Pierre Nespoulous