L’Écologie à découvrir sans les écologistes

Dieu pardonne toujours, l’homme quelquefois, la nature jamais.

Aussi s’agira-t-il toujours de réconcilier l’homme avec la planète qui le porte depuis si peu de temps, en veillant à ce que cette recherche devenue déviante ne s’établisse sur l’hérésie d’une doctrine qui n’existe pas encore.

Ainsi a-t-on créé en France un personnage surprenant : « l’Écolo », synthèse du militant politique et du déviant social.

Il n’est pas conservateur, il est fixateur. Il vit, ou plutôt il végète, sous le signe de la peur qu’il accommode à toutes les sauces. Il pousse jusqu’à l’infini le principe de précaution dont il souhaite qu’il soit du même tabac que celui d’Archimède.

Il tire sur tout ce qui bouge et il met un verbe haut perché au service d’intérêts qui, au niveau collectif, apparaissent dérisoires.

Il n’est pas celui de la Fable qui crie « au loup » seulement par passe-temps, mais il est l’adversaire de tous ceux qui projettent, créent, aménagent ou administrent, et qu’il traîne souvent devant les tribunaux ordinaires ou même devant les Cours européennes.

Car s’il est européen, c’est seulement dans la mesure où cette Europe est castratrice, où elle impose la prophylaxie des fromages, la cuisson des foies gras, la forme des bananes, la dimension des coquilles d’escargots, et autres sujets si capitaux qu’ils ne sauraient être laissés à la discrétion d’autorités locales qui se croient encore des nations.

Il n’a pas une pensée commune, la sienne évolue entre un romantisme touchant et un « apocalyptisme » désespéré. Ses sentiments sont parés de malédictions qui lui font appréhender une sorte de sénescence du genre humain puisque, la courbe de l’hominisation lui paraissant terminée, la solution finale doit s’établir avec ces deux commandements : conserver et interdire !

Il souhaite remplacer le hideux atome par des moulins à vent bien que ceux-ci aient été abandonnés jadis par les meuniers et la marine à voile.

Il milite avec arrogance dans un parti politique qui regroupe les dénonciateurs des misères humaines, des aléas du destin, des risques guettant la planète, ceux-là même qu’à Athènes on nommait sycophantes.

Mais ses surprenantes compétences le conduisent à se tromper quelquefois, c’est en cela qu’il reste humain. « Errare humanum est ». Et il est plus humain que tout le monde, puisqu’il se trompe tout le temps.

Il est triste ! Comment en serait-il autrement, puisqu’il milite au service de l’épouvante et de la peur qui fédèrent les désordres intellectuels en donnant une unité dramatique à la divergence des clameurs ?

Il veut donc modifier les comportements par de méticuleux interdits, il prétend substituer les lois à la conscience !

Certes, les maux contemporains qu’il dénonce sont trop souvent réels mais leur traitement ne saurait être comme il le croit de nature régressive car le monde de la matière, de la vie, de la conscience, évolue même imperceptiblement ; or sans le voir, il mène des combats d’une déplorable passivité alors que les réactions salubres sont d’activité et d’accompagnement de la vie.

Comme le dit Teilhard de Chardin, ce qu’il ne faut pas gaspiller ce sont le goût et la ferveur de la vie, et ce que l’homme doit protéger et alimenter, c’est la passion unanimisante d’agir, de savoir, de grandir et d’évoluer.

Cela, il ne le sait pas ou plutôt ne le comprend pas, il est trop occupé à se méfier de la recherche, cet agrandissement d’inconnu, de l’envol des techniques, du rythme trop bruyant des manufactures. Il a oublié que l’homme est à l’image et à la ressemblance de Dieu et qu’il est lui un être divin parce qu’il a la possibilité de créer, d’être créateur ce qu’il n’apprécie pas ou qu’il refuse. Voici bientôt cent ans, Henri Bergson n’écrivait-il pas en terminant Les deux sources de la morale et de la religion :

« L’humanité gémit, à demi écrasée sous le poids des progrès qu’elle a faits. Elle ne sait pas assez que son avenir dépend d’elle. À elle de voir d’abord si elle veut continuer à vivre. À elle de se demander ensuite si elle veut vivre seulement, ou fournir en outre l’effort nécessaire pour que s’accomplisse, jusque sur notre planète réfractaire, la fonction essentielle de l’univers qui est une machine à faire des dieux. »

On comprendra donc que l’écologie, devenue une religion, a commencé par son propre intégrisme. Il est temps de refaire la copie en faisant l’écologie sans écologistes !

Jacques Limouzy