Léon Bouisset honoré

Il y a 190 ans, le 23 décembre 1824 naquit à Lacaune Léon Bouisset au sein d’une famille nombreuse. Après avoir accomplit sa scolarité au Collège communal de Castres, il intégra l’école prestigieuse de Saint-Cyr en 1843 promotion “d’Isly” (1843-1845).

Le choix de ce nom commémore la victoire du maréchal Thomas Bugeaud, duc d’Isly, sur les troupes du sultan du Maroc, le 14 août 1844, à la hauteur de la rivière Isly (Algérie), à l’ouest d’Oujda (Algérie). L’histoire a retenu qu’il fut, il y a 170 ans, le parolier de l’hymne des Saint-Cyriens “La Galette”. Cette chanson fut écrite sur la musique de l’opéra “Les Puritains” de Vicenzo Bellini. Et c’est sur cet air très connu entonné par chaque promotion de l’Ecole de Saint-Cyr, que s’ouvre chaque année le défilé du 14 juillet sur les Champs-Elysées. A sa mort, le 10 novembre 1900, Léon Bouisset fut enterré au cimetière Saint-Roch de Castres (Carré 30 no 441). Après avoir rafraîchi, il y a quelques années, son caveau familial, l’association des “Amis de St Roch” présidée par Bernard Louvet, en accord avec le Général François Cann et les Saint-Cyriens du Tarn, ont déposé, le 2 décembre dernier, une plaque en granit sur le caveau familial rappelant sa mémoire.

“Le 2 décembre est la date-anniversaire de la victoire d’Austerlitz (1805) dont le nom sert de référence au calendrier des Saint-Cyriens : La lettre A correspond au mois d’octobre, celui de la rentrée et le Z à celui de juillet, mois de la sortie, tandis que l’année d’Austerlitz, 1805, est l’année de référence zéro. Le 2 décembre 2014 s’écrit donc : “2 S 209”. C’est-à-dire 2 décembre (le S d’Austerlitz) et 209 ans après Austerlitz” précise le général François Cann.

A Saint-Cyr, sa promotion fut la dernière à porter la “Galette”, épaulette plate de couleur bleu-roi sans frange, attribuée aux élèves mal classés, tandis que les meilleurs avaient droit à l’épaulette de laine rouge à franges (qui se porte aujourd’hui). En 1845, sur décision du Maréchal Soult, alors Président du Conseil, les Saint-Cyriens reçurent un nouvel uniforme (qui perdure aujourd’hui). Désormais, l’épaulette écarlate serait portée par tous les élèves sans distinction.

Paradoxalement, cette mesure unitaire fut alors perçue par les élèves comme une profanation de leurs traditions puisqu’un véritable culte était entretenu par les “élèves – officiers – galettes” (ceux qui avaient moins de 9/20 de moyenne) et les “fines – galettes” (les derniers du classement). c’est-à-dire ceux qui négligeaient les études théoriques au profit de l’esprit militaire.

Bref, comme le dit la chanson, “point n’est besoin de pâlir sur de noirs bouquins pour devenir un brillant officier”.

Ce chant, conçu à l’origine pour glorifier les mal notés et pour contester l’abolition d’un signe distinctif de l’uniforme, va se transformer étrangement, sous l’influence des rites et de la tradition, en hymne officiel de l’école.

Sorti de Saint-Cyr avec un numéro de classement digne d’un ancien “porteur de galettes”, le jeune sous-lieutenant Bouisset était bien loin de se douter de l’éclatante destinée du champ de triomphe de sa promotion.

Il fit une carrière linéaire dans quatre régiments d’infanterie avant de prendre sa retraite en 1890 à Montpellier où il s’adonna à la poésie. Il écrivit un ouvrage original, en vers, qui évoque huit contes mythiques, un par colline entourant Lacaune, son village natal (1). Il décéda l’année suivante.

A la veille de sa mort, le lieutenant-colonel Bouisset était loin d’imaginer que son œuvre contestataire serait chantée par les futures promotions en général et par les Saint-Cyriens du Tarn, à Castres, 124 ans plus tard, en particulier. Aujourd’hui, “la Galette”, devenue l’hymne de l’Ecole de Saint-Cyr, en célébrant l’institution, glorifie le passage de l’élève au statut d’officier. C’est l’exemple parfait de l’œuvre qui a dépassé son propre auteur, très vite enveloppé dans les plis de l’oubli. “Raison suffisante pour que les Saint-Cyriens du Tarn aient tenu à honorer, ce 2 S 209, leur vénérable et très grand ancien” conclut le Général Cann. (Sur Léon Bouisset et son lieu de sépulture voir : l’article d’Alain Levy “Léon Bouisset parolier oublié d’un chant célèbre”, paru dans les Cahiers du Rieumontagné, n° 8, juillet 1986, p. 46-51.)

(1) cet ouvrage, intitulé “les légendes des monts de Lacaune” est en vente à l’imprimerie Périé, zone artisanale Bel Air à Lacaune.