Départements : Les avatars de la réforme

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Les événements politiques du 22 mars et ceux qui ne manqueront pas de suivre le 29 ne revêtiraient qu’une importance secondaire si la consultation cantonale avait conservé sa forme habituelle.

Les conditions d’exercice de la démocratie départementale étaient depuis longtemps figées dans une antériorité qui avait traversé sans trembler plusieurs régimes et trois Constitutions sans que leur banalité rituelle ait inquiété si peu que ce soit le droit public français qui ne se montrait pas sur ce sujet aux aguets de quelque réforme que ce soit.

Aujourd’hui, il se révèle que la réforme retenue est autant que l’évolution politique nationale responsable de résultats qui, traditionnellement atténuateurs des mouvements politiques, se révèlent plutôt amplificateurs.

La réforme de l’élection départementale comporte, on s’en rend compte aujourd’hui, des dispositions suicidaires pour ceux qui l’ont voulue.

La première est qu’alors que l’on votait en France dans la moitié des cantons tous les trois ans, désormais on votera partout tous les six ans ce qui créé une consultation nationale beaucoup plus sensible politiquement puisqu’elle est universelle.

La deuxième est d’avoir redécoupé dans chaque département en divisant les cantons par deux, ce qui pouvait être possible, mais en faisant de la démographique une exigence certes inévitable mais qui ne devait pas rester solitaire. Car si dans le découpage d’une ville une certaine fiction est inévitable puisqu’une ville est un point, le territoire lui est un espace et cette conjugaison entre l’homme, le citoyen et l’espace qui le porte, la Révolution l’avait comprise. Certains petits pays préexistaient et ceci depuis que les mérovingiens les appelaient Pagus. Les découpages ont tout brisé, ils sont surréalistes.

La troisième est d’avoir introduit dans ces découpages départementaux des anticipations politiques. Certes, tout le monde l’a toujours fait plus ou moins.

Cela consistait, en l’espèce, s’il y avait des cantons trop à droite à y ajouter quelques communes de gauche venant de cantons trop à gauche qui pouvaient s’en passer.

C’est peut-être astucieux mais si l’étiage politique baisse trop à gauche cela devient catastrophique et c’est le terme : «arroseur arrosé».

C’est donc la réforme, avant toute autre circonstance, qui joue contre la gauche alors qu’elle l’a pourtant voulue.

Ensuite, ce ne sont ni l’UMP, ni le Front national qui sont les premiers ennemis de la gauche, il y en a un autre, il est essentiel, c’est le premier, c’est la gauche elle-même.

Toute maison divisée doit périr et dieu sait si celle-ci l’est puisqu’il y a une autre gauche autour de Jean-Luc Mélenchon, du PC, du gauchisme puis il y a la déviation écologique qui rampe autour d’elle avec des malices de serpent. Enfin, il y a la fronde des siens qui sont parmi les plus proches.

Le Parti socialiste va probablement perdre des administrateurs départementaux. Pour beaucoup, leur échec ne viendra pas de l’activité qu’ils ont pu déployer dans le cadre du mandat qui leur avait été confié.

C’est du sommet que leur échec viendra car ils appartiennent à une maison trop divisée et ceci à l’un des moments les plus délicats de son parcours celui où beaucoup peuvent la rendre responsable des incapacités et des blessures trop apparentes de la Nation.

Jacques Limouzy