Les barbares 

Alors qu’on semblait avoir touché le fond quant à l’autorité de l’Etat et que la délinquance et la criminalité augmentaient, la semaine passée nous a montré deux tragiques exemples des exactions de voyous, déclenchant émotion, colère et incompréhension. Les victimes ont pour nom Mélanie Lemée et Philippe Monguillot. On ne trouve plus les mots pour décrire cette époque épouvantable dans laquelle il n’y a plus aucune limite  ni sens moral ou civique chez certains individus que l’on connaît hélas trop bien… Cela paraît banal, aujourd’hui, d’agresser.

Mélanie Lemée, jeune gendarme de 25 ans, affectée à la brigade d’Aiguillon, a été fauchée lors d’un contrôle routier par un chauffard en infraction, percutée à 130 kmh. Philippe Monguillot, chauffeur de bus à Bayonne, a subi une agression d’une extrême violence, massacré « courageusement » à quatre contre un, alors qu’il faisait simplement son travail, contrôler le ticket d’un passager et exiger le port du masque conformément aux mesures sanitaires.

Tout cela ne nous dit pas qui sont les protagonistes de ces drames : on voudrait savoir. La presse est si discrète. Comment s’appellent les tueurs ? Pour Mélanie : François ? Pour Philippe : Bernard, Marc, Charles, Jean ? Les hommes changent, mais pas la politique de l’autruche. Ils ont tous peur, ne nomment jamais les choses et les gens par leur nom, n’osant jamais montrer du doigt ou mettre les pieds dans la fourmilière. La mobilisation des « réseaux sociaux » a forcé les médias à dire que Mélanie a été tuée par Yassine, multirécidiviste, et que Philippe, le chauffeur de bus battu à mort, l’avait été par plusieurs individus dont l’origine et le profil sont similaires. Quand un entrepreneur défend son entreprise en tirant sur les voleurs, on a dans la presse son nom, voire sa photo. Là, rien… Le laxisme d’un pays impuissant pour mener une véritable intégration, incapable d’affirmer ses exigences, de rappeler les devoirs et maintenant de dire la vérité, a produit cela.

Ce qui me choque, c’est le silence de certains « artistes » si prompts à pétitionner en d’autres circonstances, lourd d’un manque de compassion, du manque d’humanité et d’empathie, les Omar Sy ou autres qui montent au créneau dans « l’affaire Traoré », faisant d’un délinquant leur héros, de sa sœur une pasionaria des luttes contre les discriminations et de la famille un modèle (père polygame, frères délinquants…). Comparer la mort d’Adama Traoré à l’assassinat du chauffeur de bus par des voyous est ignominieux ! Après la mort de Mélanie Lemée et de Philippe Monquillot, avez-vous vu des cités, des quartiers s’embraser ? Non. Ces drames sont l’image de la France de 2020, où des décérébrés incitent à la violence et à la désobéissance civique.

Que n’aurions-nous pas entendu, lu et vu si, usant du pouvoir que leur confère leur fonction, Mélanie Lemée ou les gendarmes, voyant foncer sur eux le bolide qui n’avait pas obtempéré aux injonctions des forces de l’ordre, avaient sorti leurs armes et tiré ? Que n’aurions-nous pas eu comme manifestations, pour défendre un délinquant roulant sans permis de conduire et sous l’effet de stupéfiants ? Que n’aurions-nous pas eu comme tribunes d’intellectuels avec les signataires habituels, comme récupération de la part des racialistes, de Mélenchon, d’Assa Traoré et d’autres encore ? On connait une chose : une jeune gendarme tuée par un délinquant, Yassine.

Depuis Charlie, rien n’a changé. Un jour chasse l’autre… Il y a eu le Père Hamel, il y a eu le colonel Beltrame. Et ensuite ? On ressortira marches blanches, bouquets, bougies, mouchoirs, larmes, décorations, que nous rangerons à nouveau pour la fois d’après. Dans la pratique, pour régler un problème, il faut le nommer, oser en débattre. En France, au nom du « politiquement correct », on met la poussière sous le tapis, on détourne le regard. Ce n’est bénéfique pour personne, y compris pour des gens qui se disent être victimes d’ « amalgame », de généralisation. Mais ils ne se manifestent pas pour autant. Qui ne dit rien consent ?

A l’heure où je rédige ce billet, je viens de voir à la télévision l’interview d’autosatisfaction du Président de la République à l’occasion du 14 juillet. Il a longuement parlé d’un « nouveau chemin ». Pas un mot sur la lourde question qui fait l’objet de ma chronique ! Il faudra bien que l’Etat mette la main dans le sac de vipères parce qu’on a trop tardé à prendre les bonnes décisions. On attend un chef, un vrai, et on n’a qu’un paon. On attend quelqu’un qui gouverne, qui remette de l’ordre, et on n’a que faire de belles phrases vides de sens. Comme l’a dit Simone de Beauvoir : « Le plus grand fléau de l’humanité n’est pas l’ignorance des choses, mais le refus de savoir ».

Pierre Nespoulous