Les bricoleurs !

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Dans le cadre du débat sur le projet de loi « L’école de la confiance » à l’Assemblée Nationale, les députés ont voté un amendement proposé par l’élue LaREM Valérie Petit, stipulant que dans les formulaires scolaires « père » et « mère » devront désormais être remplacés par « parent 1 » et « parent 2 ».

Le ministre Jean Michel Blanquer était opposé à cet amendement, mais la majorité de l’assemblée a jugé bon « d’ancrer dans la législation la diversité familiale » et ainsi de consacrer l’homoparentalité dans les formulaires scolaires. Si la FCPE, soucieuse d’aller dans le sens du vent (on oublie qu’il n’y a plus de parents d’élèves mais des « géniteurs d’apprenants »), a vu dans cette loi « une très bonne chose » tenant compte de l’évolution des situations familiales, l’association des familles homoparentales elle-même n’y était pas favorable, par crainte d’une « hiérarchie parentale » engendrée par l’ordre dans la numérotation ! Y aurait-il un parent qui l’est moins que l’autre ?

Bricoleurs, nos élus LaREM sont des clones godillots qui sonnent faux comme des acteurs qui surjouent. Après la loi sur la fessée, la loi « parent 1 et parent 2 ». C’est quand même incroyable de voir, dans la situation du pays, des députés se gratter la tête pour satisfaire les problèmes de nombril d’une minorité ! C’est d’autant plus pathétique qu’en l’occurrence, il suffit de parler de « responsable légal ». Je me souviens d’un professeur de lycée qui m’avait dit naguère qu’il ne posait pas à ses élèves des questions du type « profession des parents », depuis qu’un élève lui avait écrit « père en prison »…

Le principal grief que l’on puisse faire à cette décision administrative, c’est qu’elle ne relève pas de la loi. Elle pose aussi de nombreux problèmes au-delà de sa dimension idéologique. La notion de « parent » est nettement plus imprécise que celle de père ou de mère. Elle réduit à une sorte d’homogénéisation des relations de parenté ou de réduction de cette notion : je suis aussi parent avec mes oncles ou mes cousins, et par alliance avec ma belle-soeur ! Et puis les familles monoparentales sont-elles parent 1 sans parent 2, les familles recomposées parent 1 et parent 2 bis, les grand-pères et grand-mères grand-parents 11 et 12 ?

Trop de minorités essaient d’imposer par force leur doctrine à la majorité silencieuse par pur dogmatisme. Bientôt faudra-t-il s’excuser d’être blanc et hétérosexuel pour accéder à la fête de la Musique à l’Elysée, dont les médias nous ont hélas montré la teneur ? Sachons-le : si rien n’est fait, rien n’arrêtera la course folle des revendiqués « progressistes » vers une société libérale-libertaire où toutes les transgressions anthropologiques seront permises. L’enfant doit-il être le « marquage » du choix de vie d’adultes ? La reproduction, elle, reste invariablement sexuée et l’on fait comme si l’impossible allait être possible. L’enfant, même s’il est le fruit d’un bricolage plus ou moins médicalisé a toujours un père et une mère. C’est cette filiation dont l’enfant a besoin et dont il peut être privé par l’égoïsme des adultes.

En ce sens pouvons-nous relire « Le meilleur des mondes », l’ouvrage futuriste d’Aldous Huxley, dans lequel l’auteur écrit notamment : « La reproduction sexuée a complètement disparu, embryons et fœtus évoluent dans des éprouvettes diversement conditionnées et traitées selon la caste à développer. La viviparité est un sujet tabou, il est interdit de faire allusion à la famille, au mariage, à la maternité et aux enfants. Les vrais humains sont entassés dans des réserves à sauvages, ils continuent au travers de leur mode de vie primitif à pratiquer la reproduction vivipare, la famille existe encore et les enfants ont des parents »… Le livre est de 1932. Dans la préface de la réédition de 1946, l’auteur écrit : « A tout bien considérer, il semble que l’Utopie soit beaucoup plus proche de nous que quiconque ne l’eût pu imaginer, il y a seulement quinze ans. A cette époque, je l’avais lancée à six cents ans à l’avenir. Aujourd’hui, il semble pratiquement possible que cette horreur puisse s’être abattue sur nous dans le délai d’un siècle. Du moins si nous nous abstenons d’ici-là de nous faire sauter en miettes »… Nous y sommes presque !

Mais là, comme dans le petit village récalcitrant d’Astérix, il y a des poches de résistance. Devant le tollé très largement soulevé par ce bricolage administratif de nos députés LaREM, marche arrière toute. Vendredi dernier, Anne-Christine Lang, co-rapporteur du projet, a annoncé son intention de proposer un « amendement à l’amendement » (!) pour revenir aux termes classiques de père et de mère, consacrés par l’usage et surtout par la nature, « pour qu’il n’y ait ni hiérarchie ni discrimination ».

Père, mère, parents, hétérosexuels, homosexuels ? Devant toutes ces notions il me revient à l’esprit « Le mouton à cinq pattes », ce film de 1954 d’Henri Verneuil, dans lequel Fernandel interprétait à la fois le rôle de six personnages dont un père et ses cinq quintuplés. L’un de ceux-ci, Bernard Saint-Forget, journaliste spécialisé dans le Courrier du cœur et la consolation des âmes meurtries, signait ses articles « Tante Nicole ». Alors qu’il recevait un lecteur en veine de confidences, ce dernier lui demandait : « Dois-je vous appeler tante ? » – « Non, surtout pas ! » répondait Bernard…

Pierre NESPOULOUS