Les pastèques

Il y a, dans la cuisine politique, des images de légumineuses utilisées par les experts pour en qualifier les ingrédients. Vous les connaissez, ils poussent partout en France, c’est une question de climat. On nous dit, par exemple : « les radicaux sont comme les radis, rouges dehors, blancs dedans, souvent creux et toujours près de l’assiette au beurre ». Ces temps derniers, émerge une autre image pour qualifier une forme d’écologie politique, celle de la pastèque, verte à l’extérieur, rouge à l’intérieur. L’écologie est sans nul doute la préoccupation de citoyens de tous bords, mais revêt chez certains cette forme qui la veut exclusive de la gauche, classant tous les autres dans la « fachosphère ». C’était la technique de Staline, pour qui « tout ce qui n’est pas communiste est fasciste ». Et, pour le nouveau maire de Bordeaux, un certain Pierre Hurmic : « L’opinion des fachos, je m’assieds dessus !»

Car Bordeaux, comme Lyon, Marseille, Strasbourg, Tours, Poitiers et d’autres ont élu un maire écolo. Cela n’a pas tardé, sitôt après leur prise de fonction, ces nouveaux édiles écologistes ont multiplié les déclarations fracassantes et s’en sont pris, pêle-mêle, au sapin de Noël, au Tour de France, à la 5G, au transport aérien. Bien entendu, ces ardeurs réformatrices font polémique.

A Bordeaux, Pierre Hurmic qui préconise une « charte des droits de l’arbre » – sans doute en face des « droits de l’homme » – annonce que, pour les fêtes de Noël, il n’y aura pas d’érection d’ « arbre mort » à l’emplacement habituel du grand sapin municipal. Le sapin de Noël, tradition païenne, avant de devenir le symbole de cette fête, était érigé lors du solstice d’hiver et symbolisait la renaissance prochaine de la nature et la fin de sa déchéance commencée au début de l’automne. Et, à Bordeaux, en parlant d’ « arbre mort », a-t-il pensé à rappeler à ses nombreux administrés propriétaires de vignobles qu’il faudrait supprimer le bois des barriques ? La première cuvée de l’écologie politique à Bordeaux a un goût de piquette ! Les « droits des arbres » ? Et les droits des citoyens à ne pas être pris pour des naïfs, ça existe ?

A Lyon, le nouveau maire, Grégory Doucet, déjà hostile à la ligne à grande vitesse Lyon-Turin, dont les travaux ont commencé il y a trois ans, pense qu’ « il ne faut pas insister sur ce projet erroné ». Rompant avec une tradition remontant au XVIIème siècle, que ses prédécesseurs avaient respectée, il a refusé de participer, sous couvert de « laïcité » à la cérémonie du « Vœu des échevins ». Alors que la peste faisait rage en Europe, en 1643, les marchands qui dirigeaient la ville s’engagèrent à remettre un écu à l’église, chaque 5 septembre… Par ailleurs, après ses critiques sur le Tour de France, jugé « machiste et polluant », il n’en est pas moins monté sur le podium pour la remise des récompenses, afin d’être vu de tous !

Certes il y a pire : le maire écolo de Colombes a fait après son élection une déclaration indigne, disant que lorsque la police contrôlait des clandestins, c’était comparable au rafles contre les juifs pendant la guerre. L’on conçoit alors l’agacement de certains autres partisans de la cause, comme Matthieu Orphelin, député écolo proche de Nicolas Hulot : « Attention aux mauvais symboles et aux maladresses de communication », irritation exprimée plus crûment par l’écologiste Isabelle Saporta, compagne de Yannick Jadot, député européen : « S’ils ont une idée à la con par jour, on ne va pas s’en sortir » !

Les nouveaux maires verts qui ont gagné grâce à l’union de la gauche (EELV, PS, PC et LFI) ne pourront pas gouverner en autonomie, mais à la tête de majorités plurielles de circonstance. Ce contexte délicat va les forcer à définir leur action avec leurs alliés sur le temps pressé du mandat, l’heure de vérité étant le vote du budget, surtout que l’état de grâce n’existe plus et surtout aussi pour des responsables élus dans un contexte d’abstention historique. Il est difficile, en outre, de tirer des leçons de politique générale d’un scrutin biaisé également par l’ombre du coronavirus. La difficulté arrive lorsque l’on constate que tel élu ne l’est qu’avec moins de 20% des inscrits et qu’il doit partager ses propositions avec l’ensemble de ses administrés, que ce soit à une municipale ou une présidentielle. Il génère alors contre lui des critiques acerbes. Voter, c’est aussi le meilleur moyen d’éviter le triomphe sans gloire de minorités agissantes.

Ce qui est surprenant, voire inquiétant, ce sont les annonces péremptoires d’un fatras de décisions prises sans discernement par ces écolos fraîchement élus, heurtant la conscience des vrais écologistes plus modérés et pragmatiques pour qui l’écologie est une question de bon sens. Pour manipuler les masses avec des concepts idéologiques, ils ont fait basculer vers l’extrême gauche le mouvement de protection de l’environnement qui est à coup sûr universel pour des gens raisonnables. Ce fut une action de « politicards » comme les Mamère, Placé ou Duflot, en décourageant Hulot ou le gentil Lalonde, et en éliminant les écologistes enracinés à droite comme Waechter.

En composant le bêtisier des thèses farfelues, ils sont les pires ambassadeurs de leurs idées. En deux polémiques, ils ont réussi à créer la défiance sur leur action publique alors que l’on aurait besoin de solutions…

 

Pierre Nespoulous