Les peurs primitives

Ce pourrait être un inventaire à la Prévert, celui des questions qui animaient hier l’actualité, de la réforme des retraites à la privatisation de la Française des Jeux, en passant par les aventures sexuelles de Griveaux, Matzneff ou du monde du patinage, Greta Thunberg, les combats du Proche orient, les gilets jaunes, la campagne des municipales ou le procès Fillon, la Ligue I ou le Top 14. Voire les débats autour des Césars, de Polanski ou les obsessions de Marlène Schiappa, et le feuilleton des aventures extraordinaires de Carlos Ghosn, évadé des geôles japonaises. Tous ces sujets, comme quelques autres, ont cédé le pas, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, à l’accélération tragique de la crise du Coronavirus et au temps sécuritaire.

Confinés, nous sommes désormais suspendus aux lèvres du Directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, et à son décompte quotidien des mauvaises nouvelles. Le Covid19 en continu débouche sur une psychose entretenue par la voie médiatique, avec un vocabulaire guerrier appliqué à l’actualité pour frapper les esprits : « Nous sommes en guerre » est la petite phrase qui stigmatise le peuple et l’hypnotise. Quels défilés sur toutes les chaînes de télévision ! Directeur de ceci, directeur de cela, toutes professions confondues. Y a-t-il encore de simples employés quelque part ? On n’imaginait pas une crise semblable, qui semble venue d’un autre âge, celui des grandes épidémies, et qui fait remonter à la surface les peurs primitives de l’humanité. Nous sommes emportés par une vague dont personne ne peut prévoir jusqu’où elle ira.

Le monde occidental croyait à la mondialisation, au libre-échange et à l’uniformité culturelle. Il se réveille atteint d’un virus qui remet en cause les croyances qui nous gouvernaient depuis près d’un siècle. La crise sanitaire sonne-t-elle le glas de l’idéologie progressiste dominante, cette « mondialisation heureuse » que tous les Alain Minc de la planète nous annonçaient après la chute du mur de Berlin et l’implosion du système soviétique ? L’on a souvent souligné les faiblesses de l’Union européenne que nous avons construite, reposant sur l’idéologie du progrès et l’idée que l’économie doit définitivement supplanter la politique. Mais, comme l’avait dit notre ancien ministre Hubert Védrine, « L’Union européenne, le marché unique et la politique de la concurrence ont été conçus pour un monde sans tragédie ». Ou, selon le philosophe Alain de Benoist : « Dégonflée en tous les sens du terme, la Commission européenne ressemble à un lapin pris dans les phares : ahurie, sidérée, paralysée, incapable de décider à l’heure de l’urgence ».

Le « meilleur système de santé du monde » s’est effondré comme un château de cartes, victime de l’incurie. Et plus on se décharge sur des Commissions, des Sous-secrétariats ou des Comités Théodule, plus on perd le sens des réalités. Les pouvoirs publics devraient veiller à ne pas se contredire trop ouvertement, comme s’ils versaient dans l’amateurisme. Faciliter le recours à l’hydroxychloroquine pour traiter les patients atteints du coronavirus est la question qui enflamme le débat entre médecins. Sont partisans de tenter cette solution deux médecins anciens ministres de la Santé, Philippe Douste-Blazy et Michèle Barzach, un éminent infectiologue, le Professeur Christian Pérronne ou le président des urgentistes, le Dr Patrick Pelloux. et bien d’autres. La mauvaise foi répandue contre le professeur Didier Raoult révèle un Etat partisan, s’appuyant sur un Conseil scientifique dont quelques membres sont rémunérés par des laboratoires, voire sont notoirement en guerre ouverte avec l’intéressé.

J’évoquais plus haut les experts venus intervenir sur les antennes de la télévision en continu. Il y a aussi, hélas, les Diafoirus et autres paroliers du néant, invités ignares, qui viennent pontifier sur les plateaux télé. L’archétype en est l’agitateur soixante-huitard post-pubère Daniel Cohn-Bendit, cet ex-rouge devenu verdâtre puis reconverti au macronisme en deux clics de souris, comme son compère Romain Goupil, missionnés pour faire de la retape quel que soit le sujet. Adolescent, on l’a écouté au théâtre de l’Odéon ou à la Sorbonne : « Camarades » par-ci, « Camarades » par-là. Je ne savais pas en 68 qu’il allait ne rien faire de sa vie et finir gavé au Parlement européen, vivant d’argent public et de politique politicienne vénale et prébendaire. C’est dur de vieillir quand on a remué des foules et qu’on ne remue que des souvenirs… J’ai assisté sur LCI à l’intervention pitoyable de ce parasite à l’égard de l’éminent professeur Didier Raoult : « Qu’il ferme sa gueule ! ». Tout compte fait, j’ai bien aimé la réaction du professeur avec un tweet plein d’esprit : « Merci à Cohn-Bendit pour son soutien et sa prise de position. En matière d’efficacité, l’hydroxychloroquine fait aussi des miracles sur les connards. Votre ordonnance est prête » !

Toute l’action du gouvernement semble focalisée sur la résolution de la crise certes, mais aussi sur l’image qui va en être perçue par les Français. Et, là, ce n’est pas gagné. Plus rien ne sera comme avant ? La crise passée, nous continuerons à échanger nos idées, à partager nos craintes, nous écharper, ronchonner, caricaturer… Gaulois incorrigibles…

Pierre Nespoulous