Les pieds nickelés

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Un des protagonistes, dans « Astérix et le chaudron », s’appelle Moralelastix, qui est en mesure, par ses fonctions, de « planquer des sesterces »… Nous ne quitterons pas le domaine de la bande dessinée si nous évoquons aussi « Les Pieds Nickelés » à propos de certains personnages, grands pourvoyeurs de cours de morale, qui clament haut et fort les « valeurs de la République » qu’ils foulent aux pieds par leur comportement. L’on a dit souvent que, dans le commerce, lorsque le contenu ne correspond pas à l’étiquette, l’affaire se termine devant les tribunaux. Rassurez-vous, en politique peut-être aussi, mais c’est plus aléatoire !

Sans illusion sur ce qui se passe dans les cuisines d’un Etat où se préparent des tambouilles, l’on voit que des Filochard et Ribouldingue nous font des démonstrations de l’élasticité de leurs convictions politiques. En fin d’année dernière, le Canard Enchaîné nous informait que le dernier ministre de la Justice de l’ère Hollande, Jean-Jacques Urvoas, aurait informé Thierry Solère, député LR aujourd’hui En Marche, d’une enquête le concernant pour certaines pratiques fiscales et financières. Si les informations du Canard sont avérées, il s’agirait d’une violation de la loi protégeant le secret de l’enquête, et, de la part du Garde des Sceaux, d’une entorse grave à ses obligations.

Thierry Solère ? Souvenez-vous. C’est celui pour lequel les députés LREM avaient accepté de se faire rouler dans la farine dans l’affaire des nominations à  la questure. Thierry Solère à la questure, c’est un peu comme Jérôme Cahuzac ministre du budget. On utilise les compétences ?

Où en est le dossier Urvoas-Solère ? Les fêtes sont passées, un clou chasse l’autre et les préoccupations des Français sont ailleurs au gré de l’actualité, et, si ce n’est pour l’affaire des crèches qui était, vous en conviendrez, d’une urgence vitale, ils sont convaincus des lenteurs de la Justice. Pour l’affaire que nous évoquons, les éléments étaient aux mains du parquet de Versailles à la mi-juin. En matière de justice politico-médiatique, il y a deux poids et deux mesures. Lors de l’opération judiciaire de la destruction de la candidature Fillon à la présidentielle, devant l’étonnement causé par la rapidité fulgurante avec laquelle le parquet national financier s’était précipité, le premier président de la Cour de Cassation avait expliqué qu’en matière de procédure, c’était chacun son rythme !

Comment se fait-il que ce genre de nouvelle ne provoque plus dans le public le moindre étonnement ? Thierry Solère, parfait inconnu qui avait profité de l’organisation de la primaire de la droite pour se multiplier sur les écrans et se faire un nom, est passé maître de la courtisanerie. C’est à cause de toute cette génération de politicards carriéristes qu’on se dégoûte de la politique et que les extrêmes montent en puissance.

Comme disait Frédéric Bastiat : « Il y a ce qu’on voit, et ce qu’on ne voit pas ». Il parlait d’économie, mais cela va tout aussi bien à la politique. Solère a lâché Fillon, mais le gros « turbin » qui a abouti à l’éviction de ce dernier a dû impliquer pas mal de monde, lié par pression, chantage, promesses. Si ça commence à « balancer » (quelqu’un doit bien renseigner le Canard ), on va peut-être en apprendre de belles !

Bizarrement, LREM, cet ensemble regroupant des gens issus de la société civile, souvent sincères, parfois naïfs, et d’anciens routiers de la politique que les retournements de veste n’effraient pas (n’en connaissez-vous pas ?), échappe aux poursuites judiciaires quand il y en a. Très rapidement sont annoncés la prescription ou, comme pour Ferrand, soupçonné de turpitudes financières avantageuses, le classement sans suite, à faire pâlir François Fillon voire même Nicolas Sarkozy. Mais puisqu’on vous dit que la marche, c’est bon pour la santé (notez que je ne mets pas de majuscule à Santé)… Et puis, il y a les dossiers qui dorment d’un sommeil paisible, sur lesquels le Canard paraît enchaîné : suivez mon regard, qui vise haut !

Bayrou, Solère… A qui le tour ? Emmanuel Macron utilise le collaborateur vénal et s’arrange pour le virer après. Très bon joueur de billard ! Mais la Justice médiatisée, comme la justice « Mur des cons », n’est plus ni aveugle ni sereine et cela en dit long sur la décrépitude de nos institutions les plus sacrées…

Pierre Nespoulous