Les quinquennats sont et seront désastreux

Je me souviens de m’être trouvé en 1969, lors de la campagne présidentielle de Georges Pompidou, dans une réunion, rue de La Tour-Maubourg à Paris, et d’avoir entendu entre Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing les appréciations suivantes à propos du quinquennat : « Croyez-moi, Valéry » disait Pompidou à Giscard, « cinq ans, ça fera presque toujours dix ans, alors que sept ans, ça ne fera presque jamais quatorze ».

Le Président Pompidou se trompait deux fois puisque jusqu’ici cinq ans n’a jamais fait dix ans et que sept ans, cela en fit quatorze pour François Mitterrand et douze avec Jacques Chirac.

La Vème République devait être un régime ambivalent, à la fois présidentiel et parlementaire. Son texte fondateur fait appel à toutes les expériences constitutionnelles de la France, qui étaient certes nombreuses, mais dont on n’avait retenu que le meilleur.

Les auteurs de la révision constitutionnelle instituaient à la place d’un septennat traditionnel (1875) un quinquennat (loi du 2 octobre 2000) dont ils n’avaient apprécié que les avantages trop immédiats pour ne pas leur être personnels. C’étaient Lionel Jospin et Jacques Chirac pour une fois réunis dans un projet dont ils ne connaissaient pas les conséquences à long terme, dont nous sommes les victimes aujourd’hui.

Donner au Président de la République et à l’Assemblée nationale la même durée a changé l’une des natures de la Constitution. Les deux titulaires du pouvoir sont issus l’un et l’autre du suffrage universel et sont élus par deux scrutins successifs, ce qui donne par conséquent au Président de la République une assemblée introuvable dont la fragilité politique dénature les équilibres nécessaires entre l’exécutif et le législatif.

Le quinquennat aboutit à faire du parlementaire non plus le représentant des populations auprès du pouvoir central mais au contraire le représentant du Président de la République auprès de la population.

En effet, la vie en politique, dans son aspect électoral, s’exprime volontiers dans un sens négatif car il est toujours plus facile de savoir ce qu’on ne veut pas, que ce qu’on veut !

Lorsqu’aucun drame national ne menace, les électeurs sont sujets à la permanence du doute, qui fait d’un choix qui devrait être positif l’expression du solde de ce ou de ceux que l’on veut rejeter.

Une campagne électorale, surtout présidentielle, s’analyse trop comme une décantation laissant émerger celui qui sera le moins rejeté et c’est là que le risque apparaît de voir un candidat élu pour ce qu’il n’est pas et non pas pour ce qu’il est.

C’est ainsi que le vote « contre » devient opérationnellement positif, c’est ainsi que les élections présidentielles de 2002 consistèrent à voter contre Jean-Marie Le Pen, c’est ainsi que celles de 2012 consistèrent à voter contre Nicolas Sarkozy, c’est ainsi que celles de 2017 auraient pu, s’il s’était présenté, consister à voter contre François Hollande, quels que soient les efforts qu’il aurait pu faire pour améliorer une image qu’il – il faut le dire à sa décharge – n’avait jamais eue.

Ainsi celui qui doit conduire la Nation sait, parce qu’il a été élu, ce qu’il ne doit pas faire, mais il saura moins ce qu’il peut faire au cours d’un mandat opérationnel seulement sur deux ans puisqu’il en faut un pour y entrer et deux pour en sortir.

Comment ne pas convenir qu’il est difficile d’organiser, dans des conditions aussi brèves, un mandat imposé par quelques constituants de rencontre dans un référendum dont personne ne se souvient, même pas ceux qui, quasi introuvables, ont voté oui !

Jacques Limouzy