Sur quelques revenants du romantisme révolutionnaire

Monsieur Gattaz s’est trompé ! Monsieur Martinez n’est ni un voyou ni un terroriste, c’est tout simplement un personnage d’autrefois, l’un de ceux qui faisaient jadis peur aux bourgeois, allumaient la guerre sociale et attendaient un grand soir qui ne vint jamais.

Alors que Georges Séguy, son plus illustre prédécesseur à la CGT, avait une tête d’employeur, Monsieur Martinez a la tête de l’emploi taillée à la serpe et soulignée d’une épaisse moustache noire qui peut laisser croire à une détermination farouche.

C’est sous le Proconsulat de François Hollande que ce personnage antédiluvien de la guerre sociale a pu réapparaître parce que les circonstances et les maladresses du pouvoir lui ont ouvert un chemin miraculeusement carrossable.

En matière de retraite et comme ailleurs, la CGT de Monsieur Martinez a ressenti que dans les profondeurs, c’était bien le pouvoir syndical dans son expression centralisatrice qui était en cause.

Du côté du Gouvernement, la nature du conflit n’en est pas moins altérée puisque ce confit est devenu plus politique que social.

On se souvient encore aujourd’hui qu’un capitaine de pédalo échoua son navire sur les grèves incertaines d’une social-démocratie hésitante et molle, toujours inefficace, allant jusqu’à faire entrer dans les écuries socialistes des animaux d’importation comme Emmanuel Macron.

Anarchistes sans doctrine, activistes sans direction, romanesques et encombrants, usurpateurs de boulevard, adepte d’une révolution de velour, ce sont les gilets jaunes.

C’est aussi ce que pense Jean-Luc Mélenchon qui n’est certainement pas déçu par celui auquel il n’a jamais cru et à l’égard de qui dès, le premier jour, il a pratiqué l’anathème. On savait Jean-Luc Mélenchon polémiste, il pouvait avoir le talent d’un pamphlétaire, le voici aujourd’hui imprécateur.

Pour Jean-Luc Mélenchon, la social-démocratie comme avant elle, le marxisme-léninisme, ne sont, après tout, que les hérésies d’un véritable socialisme, né autrefois comme une démocratie de la justice et de l’égalité, propre comme jadis à éveiller les peuples en marquant l’histoire de son empreinte.

Le socialisme de Jean-Luc Mélenchon vient de loin ; il a vécu les rêves aléatoires de la Constitution de l’An I qui ne fut jamais appliqué, des illusions de 1848 où l’on doit apprendre qu’une République démocratique n’était pas toujours sociale et de la Commune où beaucoup perdirent la tête avant qu’on ne la leur fasse perdre.

Jean-Luc Mélenchon est le chantre de l’antériorité émouvante des politiques de ferveur et d’illumination qui au XIXème siècle accompagnèrent le romantisme, et à ce titre, il s’inscrira comme un personnage romanesque de l’Histoire aventureuse de la gauche en France.

Le citoyen Jean-Luc Mélenchon qui a redécouvert qu’on pouvait encore parler comme autrefois à des électeurs inconstants, étourdis, gouailleurs et populaciers, amateurs d’ivresses mais cependant prêts au dégrisement et leur dire que la gauche de demain pouvait être celle de jadis, mère des révolutions et appeler à une insurrection idéalisée dans le verbe.

On pense à Jules Vallès qui écrivait dans «L’insurgé» l’histoire de la Commune de Paris, et à Jean-Pierre Prévost qui tenait ce livre pour le plus beau roman de la Révolte depuis «Le Rouge et le Noir».

Tout cela remue les tripes de la Gauche dans leurs profondeurs nationales et bien qu’il y ait sans doute dans l’expression théâtrale de Jean-Luc Mélenchon une mise en scène d’opportunité.

Pour l’heure, l’intéressé apparaît déçu par la justice qui a soigneusement évité de le condamner à de la prison ferme.

Une incarcération publique aurait donné plus de fermeté à ses propos et plus de dimension à ses clameurs. Mais on ne pas tout avoir.

Victor Hugo, Blanqui, Barbès, Proudhon, Dombrowski, Delescluze et Bauer, fils d’Alexandre Dumas… ces ombres qui s’éveillent à l’appel de Jean-Luc Mélenchon ne tiennent ni du matérialisme historique, ni du marxisme, elles sont même pré-jaurésiennes.

Jacques Limouzy