Les talents prometteurs des Compagnons du Théâtre

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La soprano Morgane Bertrand (Véronique) et le baryton Gilen Goicoechea (Florestan), au troisième acte.

 

La mission des Compagnons du Théâtre est de faire la promotion de l’art lyrique et de déceler de nouveaux talents. Cette promesse est au cœur de la production présentée cette fin de semaine au théâtre municipal de Castres, avec « Véronique » d’André Messager.

Nous avons eu le privilège d’assister à la pré-générale de « Véronique », la nouvelle production des Compagnons du Théâtre. La mise en scène d’Éric Perez est sublime. La transposition d’époque, qui consiste à situer l’action au début du XXème siècle plutôt que pendant la Monarchie de Juillet, permet d’épurer décors et costumes pour se concentrer sur la partition de Messager et le livret de Vanloo et Duval. Il le fallait, tant ils sont denses en musique et en dialogues. Éric Perez a ainsi renforcé la dimension dramatique et comique de la pièce.

Les décors à l’allemande, qu’il a conçus avec Loran Martinel, créent une atmosphère délicate et lumineuse dès le premier acte : nous sommes dans un magasin de fleurs Art nouveau. Le deuxième tableau est éminemment champêtre. Martinel, peintre hyperréaliste, s’est surpassé en dessinant un petit âne docile, sans lequel l’air principal « Deci-delà » n’aurait pas sa raison d’être. Le troisième acte est plus Art déco, pour simuler sobrement la cour du roi, où le ressort initial du vaudeville nous conduit vers le conte de fées.

Aux côtés d’artistes confirmés, des pépites sont révélées : Morgane Bertrand, soprano, offre à Véronique un visage pétillant et survolté par le désir de séduire. Son interprétation, tant vocale que scénique, est brillante. Gilen Goicoechea, baryton, est magnifique et puissant dans le registre du mâle conquérant. Sa voix, chaude et profonde l’emporte aussi dans l’émotion, notamment sur l’air de La Lettre. Clément Mathieu campe un Baron des Merlettes ancienne jeunesse dorée et roublard à souhait. Avec finesse, Gaëtan Barrato endosse le costume de Séraphin de manière lunaire et drôle. Quant à Bertille Jollet, elle se révèle comme actrice, ayant été sorti du chœur où sa voix puissante soutient aussi le pupitre des sopranos.

Si les séniors de la troupe sont tout d’abord chanteurs, le metteur en scène a valorisé les comédiens qu’ils sont également. Michel Vaissière, baryton, propose un Coquenard désopilant et excentrique. On pleure de rire. Lydia Mayo, soprano, donne à Agathe une touche offusquée à son rôle d’amante éconduite passant avec aisance du drame à la cocasserie. Et Marie-France Calmels joue, avec une ingénuité feinte, une comtesse faussement outragée par les avances du bourgeois Coquenard.

Le spectacle ne serait rien sans le chœur des Compagnons du Théâtre qui, d’année en année, au gré des répétitions dirigées par Didier Oueillé et Éric Laur, confirme sa puissance et sa justesse, non seulement par le travail de la voix, mais aussi par la diversité des personnages qui le composent : on sent que chacun s’amuse à jouer son rôle.

L’orchestre, enfin. Pour sa première direction lyrique, Julien Ursule accompagne les chanteurs avec une précision très articulée. La fosse respire et résonne de manière harmonieuse. Elle regorge de musiciens primés ou sur le point de l’être.

Les spectateurs qui viendront au théâtre vendredi, samedi et dimanche, sortiront enchantés par cette merveille du théâtre lyrique français, restituée avec bonheur par une troupe qui, depuis 65 ans, habite un semaine par an le théâtre de Castres pour conserver sa vocation originelle. C’est une des plus anciennes sociétés artistiques de la région. La mission est accomplie.

Richard Amalvy