Lettre au Père Noël :
Les ravis de la crèche

Crèche traditionnelle de la cathédrale Saint-Benoît de Castres.

Cher Père Noël,

Je t’écris pour te faire part de mes souhaits de cadeaux. J’aime ce doux moment où, me replongeant dans l’imaginaire de mon enfance, je crois un instant que tout est possible. Tu sais que je n’ai pas été tous les jours bien sage et j’espère que malgré mes turbulences, tu seras indulgent au moment de remplir ta hôte et de préparer le plan de distribution dans mon quartier. Je voudrais de nouvelles figurines pour ma crèche. Depuis que je suis né, nous mettons en scène les mêmes personnages et je trouve que ma crèche manque d’actualité.

Il y a quelques jours, j’ai ouvert la boite en carton où sommeillent les petits sentons. Ils semblaient tout joyeux de prendre l’air à nouveau. J’ai disposé l’étable sous un petit sapin, puis j’ai placé l’âne, le bœuf, Marie, Joseph  et quelques moutons accompagnés par des bergers à l’allure toujours humble. Dans la boîte, j’ai trouvé quelques éclopés : un mouton qui n’a plus que trois pattes, un chameau sans bosse, un ange qui a perdu une aile et les trois rois en plâtre qui ont décoloré. Traînaient dans cette boite des figurines improbables : un tyrannosaure, un playmobil aux allures de pompier, un cochon rose et un soldat de plomb. Des restes de jeux d’enfant que par nostalgie je mets chaque année dans l’entourage de la sainte famille.

S’il y a bien une survivance de notre vieux fond catholique, Père Noël, c’est bien la crèche. Quand nous avons tout oublié de notre catéchisme, nous savons qu’autour de la mangeoire où nous poserons le petit Jésus le soir de Noël, il y a un papa, une maman, un âne et un bœuf pour les réchauffer de leur souffle et des bergers émerveillés.

Mais sais-tu que ces jours-ci la crèche a fait débat jusque dans les tribunaux ? À travers ce symbole, des libres penseurs et des bouffeurs de curé ont décidé de mener un combat contre la culture chrétienne. C’est méconnaître l’attachement d’un peuple mélancolique à son folklore, qui voit dans la présence de la crèche au moment de Noël une tradition qu’il n’est pas prêt de céder, à moins de perdre une part de son identité, ce qu’il ne veut pas. Les baromètres des sondeurs donnent suffisamment d’alertes pour s’en persuader.

Alors, cher Père Noël, parlons de ces nouveaux santons que je voudrais avoir. Un âne cela suffit bien assez, surtout si près du fils de Dieu. C’est pareil pour le bœuf. Les bergers, j’en ai déjà plusieurs, mais j’en voudrais au moins un qui, tout en paraissant modeste, représente bien ce que l’on attend de celui qui guide et protège le troupeau avec compétence. Les moutons, il en faudrait un peu plus, mais je ne voudrais pas qu’ils soient de Panurge.

Ce que je veux surtout, ce sont trois nouveaux rois mages et je verrais bien quelques chameaux pour les accompagner. Je serais heureux de montrer Gaspard, Balthasar et Melchior à mes amis qui ne sont pas chrétiens. Les trois rois symbolisent la rencontre des cultures et le respect qu’elles se doivent. Ils apportent la paix comme celles que nous partageons entre amis et leurs cadeaux enrichissent notre communauté de destin. Ce que les démonteurs de crèches ne savent pas, c’est que le monde est ouvert à tous ceux qui s’approchent de cette étable et que l’étoile qui les guide jusque là brille de la même manière pour chacun. La crèche est universelle.

Et puis, Père Noël, selon la tradition provençale, s’il n’y a pas que des ravis autour de la crèche, il en faut au moins un dedans. Je connais un modèle qui ferait sensation si ce n’est pas un crime de lèse-majesté de représenter ainsi notre Président.

Je te remercie, cher Père Noël, pour ta bienveillance et vais de ce pas faire briller mes souliers.

Richard Amalvy