L’Europe à refaire

Pourquoi Charles Quint qui devait être notre constant adversaire naquit-il à Gand chez sa tante ?

«Parce que sa mère n’était pas là !» répondirent spontanément les cancres de Jean Charles.

La réalité est plus simple. Charles Quint ne sut jamais s’il était allemand ou espagnol.

Les empires d’autrefois étaient faits pour dominer les interrogations de peuples qui ne savaient pas encore qui ils étaient et ces empires périssaient lorsque ces peuples les avaient découverts.

Si certains empires ont duré comme le Saint-Empire romain germanique, c’est parce qu’on ne sut jamais où étaient ses limites, où siégeaient sa diète ambulatoire et parce qu’il était pourvu d’un Empereur qui, avant de devenir rituellement le même, dépendait de quelques électeurs qui passaient leur temps à régler leurs propres affaires lorsqu’on les consultait pour voter.

L’Europe d’aujourd’hui aurait-elle hérité, dès qu’elle veut se réunir, des faiblesses congénitales qui ont accompagné son passé ?

L’Europe du développement, du progrès et de l’avenir était une idée bienheureuse et de cette idée, il fallait faire une personne sujet de droit et principalement de droit international.

Réunir des idées n’a jamais fait naître une personne, si ces idées ne sont pas portées par la volonté d’autres personnes et ces autres personnes ce sont les Nations.

Certes, l’idée européenne mérite de retenir l’attention puisque les Nations jusqu’aux moindres d’entre-elles mirent un empressement louable à y adhérer jusqu’à risquer d’étouffer l’institution.

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Il y a une crise de l’Europe aujourd’hui puisqu’elle sombre dans cette image d’unificateur comptable, d’administrateur de détails et dans ce soupçon qui pèse sur elle de niveler les existences nationales. Or, ce n’est pas en contrôlant par le menu les budgets des uns et des autres qu’elle parviendra à son but qui est d’exister.

Comment ne pas voir qu’au lieu de s’en prendre aux Nations, elle doit d’abord s’adresser aux peuples en leur montrant que loin d’être la «mère fouettard» de tout le monde, elle doit être le lieu des espérances collectives.

Si elle veut être autre chose qu’une idée et devenir une personne, il faut bien qu’elle se persuade qu’il n’y aura pas d’Europe sans européens et s’il n’y a pas assez d’europens, c’est jusqu’à ce jour sa faute !

Jacques Limouzy

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