L’Europe du Volapük !

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Tout s’explique et ça ne choque pas que le Premier ministre de la France soit né espagnol et même catalan, puisque le Roi d’Espagne est français, ni Valois ni Orléans, mais Bourbon en ligne directe jusqu’à Robert de Clermont, sixième fils de Saint Louis et de Blanche de Castille.

Tout s’explique jusqu’à ce vote européen de Mai qui embarrasse tant et la droite et la gauche, puisque ce vote ne vient pas de nulle part et rassemble des antériorités enfouies dans les profondeurs de la conscience nationale et disons à ceux qui montrent aujourd’hui de grands étonnements que Marine Le Pen n’a rien inventé ; elle a simplement saisi l’occasion, donné le verbe et accompagné un mouvement en marche.

Car les français ont retrouvé comme parfois dans leur histoire une mentalité d’assiégés.

 

Une mentalité d‘assiégés

Si l’Angleterre est une île, la France, depuis ses origines, est une citadelle conduite à résister à d’incessantes coalitions, plusieurs fois mise au ban des Nations, les trois-quarts de son histoire militaire depuis Clovis ont consisté à repousser des invasions.

Lorsqu’apparût la République de Carnot à Gambetta, elle fut liée à la défense Nationale et la Grande guerre dont nous célébrons le centenaire fut faite par une droite nationale et une gauche patriote, c’est-à-dire par tous !

Quant à l’Europe, quelles que soient les divisions, elle se montra souvent l’adversaire de la France, avec les Habsbourg de Vienne ou d’Espagne, bien que Richelieu et les traités de Westphalie aient organisé ce désordre notablement en Allemagne. Plus tard la Sainte alliance mit un demi-siècle à solder l’aventure européenne de Napoléon.

Après 1870, un moment inspirée par Bismarck, l’Europe clôtura en 1919 la Grande Guerre par un Traité mal ficelé à Versailles qui vit l’Angleterre reprendre les mers, l’angélisme de Wilson désavoué par les siens et la probabilité renaissante de nouveaux conflits mondiaux dont la cause serait européenne : en vingt ans ce fut fait ! Et la seconde guerre mondiale fut d’abord européenne.

Ainsi l’histoire de la France depuis les origines s’est faite contre l’Europe et son adversaire fut toujours et successivement la Nation dominante de l’Europe qu’elle soit l’Espagne, l’Angleterre et l’Allemagne.

Cette méfiance viscérale ne resta tempérée que par la domination culturelle que la France exerça sur l’Europe par sa langue, ses arts et ses mœurs jusqu’à l’époque contemporaine.

 

Une Europe nécessaire mais quI ne peut tout absorber

 

Il a fallu que l’Europe soit détruite qu’elle touche, en 1945, le fond de la division et du malheur pour que la France, l’Allemagne et d’autres Nations la découvrent comme une nécessité.

Alors qu’il n’y a qu’un français sur cent dans le monde et qu’il y en aura bientôt beaucoup moins encore, l’Europe nous est indispensable, même ceux qui votent aujourd’hui contre elle, le comprennent ou le comprendront.

Mais ce qu’ils ne comprennent pas est que l’Europe soit sans frontières établies et défendues, que son indispensable monnaie soit inaccessible, que l’incomparable espace de création, d’échange et de progrès qu’elle constitue, ne soit plus commun mais ouvert sans défense sur l’incohérence d’un monde aventurier et qu’enfin des nations majeures de l’Europe n’en soient plus les guides éclairés mais perdent leur temps et leur argent pour assurer des tâches d’infirmerie auprès d’états nouvellement venus dont la digestion par l’Europe ne se fait pas.

 

Primaire, simpliste, le populisme n’est pas faux

Depuis plus de deux mille ans, depuis les âges les plus lointains de la Nation, notre pays a été menacé par les invasions ; voici la dernière, elle est sournoise, diversifiée, s’insinuant dans un peuple devenu poreux et propre à toutes les pénétrations.

Le populisme est une réaction primaire mais dont l’analyse simpliste n’est pas fausse.

La civilisation européenne modelée par le Christianisme supporte mal les progrès d’un islamisme sûr de lui et conquérant, porteur de règles civiles qui se trouveront tôt ou tard justifiées par un communautarisme devenu inévitable.

L’aspect pacifique des pénétrations que subit l’espace ouvert de l’Europe conduit à des absences dramatiques de réactions sérieuses. Il y a des problèmes apparemment plus urgents comme la confusion des hommes et des femmes ou la suppression des odieuses peines carcérales parait-il inefficaces ou encore les voies et moyens à opposer à des lois générales pour mettre fin à l’odieux exil de Leornarda accompagnée si possible de son père, un homme de bien qui avait choisi la France parce que c’est le pays qui offre les meilleures allocations. Voilà à quoi on s’occupe !

Comment voulez-vous que la population ne s’en prenne pas à l’Europe passoire, à l’Europe du chômage, des banques, de l’inefficacité, des tolérances coupables sans destin affirmé et donc sans avenir ?

 

Mélenchon, Le Pen, même combat, mêmes électeurs

A gauche, ce populisme est administré par Jean-Luc Mélenchon. Il a les pieds dans l’histoire celle des socialistes français du XIXème siècle, généreux libertaires inefficaces. Monsieur Mélenchon a d’incontestables talents de tribune. Jadis la tribune était en littérature classifiée avec la Chaire. C’est encore vrai puisque M. Mélenchon prêche ! Il est plus Bossuet que Jaurès. Mais Bossuet ne prêchait pas dans le désert comme Jean Luc Mélenchon qui n’y arrive pas. C’est sa différence avec Marine Le Pen qui elle y arrive avec de nombreux électeurs qui pourraient être ceux de M. Mélenchon.

 

Et si De Gaulle avait raison

Il reste que l’Europe est nécessaire, elle est même obligatoire. Il convient de la muscler, de la défendre, de la faire apprécier et d’allumer aux yeux des peuples les lumières probables de son avenir.

Si nous ne faisons rien, si nous n’innovons pas, ce sera, c’est déjà: l’Europe du Volapük, celle dont de Gaulle ne voulait pas et qui vient d’être condamnée en France.

Jacques Limouzy

 

NDLR : Volapük : Langue universelle publiée et diffusée en 1880 par Johann Martin Schleyer (1831-1912), curé de Litzelstetten près de Constance. Elle avait l’anglais populaire pour base principale, mais avec des simplifications capricieuses, des déclinaisons arbitraires, une conjugaison archaïque, un aspect rébarbatif du vocabulaire, un manque général d’harmonie et surtout une incapacité d’évolution, défauts qui ont causé son échec.

On se souviendra de la conférence de presse du Général de Gaulle où ce mot fut employé peut-être pour la première et la dernière fois : “Dante, Goethe, Chateaubriand, appartiennent à toute l’Europe dans la mesure où ils étaient respectivement et éminemment Italien, Allemand et Français. Ils n’auraient pas beaucoup servi l’Europe s’ils avaient été des apatrides et s’ils avaient pensé, écrit en quelque espéranto ou volapük intégrés…”