L’exemple de Varsovie

La réaffirmation par la Cour constitutionnelle de Varsovie de la prééminence de la Constitution polonaise sur les traités européens a provoqué de hauts cris. A commencer par la réaction d’Ursula Von der Leyen, Présidente de la Commission européenne, déclarant : « Nos traités sont très clairs. Toutes les décisions de la Cour de Justice de l’Union Européenne s’imposent à toutes les autorités des Etats membres ». Avec un air de « Chevauchée des Walkyries », cette mise au point semble ignorer le sens du mot « subsidiarité » qu’on nous avait vendu pour digérer le régime bureaucratique européen. La Cour Constitutionnelle polonaise estime que certains articles des traités de l’Union européenne sont « incompatibles » avec la Constitution du pays, le fond du problème provenant de l’hostilité polonaise à la politique immigrationniste de l’Union.

Depuis Jean III Sobieski, vainqueur des Ottomans sous les remparts de Vienne en 1683, et Joseph Poniatowski, Maréchal sous le Ier Empire français, en passant par l’insurrection héroïque de Varsovie en août-octobre 1944, puis le syndicat Solidarnosc, la Pologne a toujours fait preuve d’un courage indomptable, même quand elle avait été envahie et dépecée par ses voisins, soumise par les Empires, le Germanique, puis celui de l’Union Soviétique. Il faut être reconnaissant à la Pologne d’avoir donné au monde un Pape qui a fait autant et peut-être plus que Reagan et Gorbatchev réunis pour faire chuter l’ogre communiste. C’est la même Pologne qui se prononce aujourd’hui, au fond, pour la même raison : la liberté des peuples est indissociable de leur souveraineté.

Mais voilà : les études de marché incitent dorénavant les candidats à inscrire une politique de souveraineté aux catalogues de promesses électorales. Certains ont approuvé les réformes présentées par les organismes européens et signées d’Emmanuel Macron. Parmi eux, Xavier Bertrand et Michel Barnier qui a « négocié » le retrait de la Grand Bretagne de l’Union européenne. Le seul qui n’ait pas varié, c’est  Eric Zemmour et tout le monde se veut aujourd’hui plus souverainiste que lui ! Comme d’habitude, ils courent après ce qui leur devient « tendance » alors que les citoyens étaient en demande depuis plusieurs années de ces considérations politiques.

Il y a véritablement quelque chose qui ne fonctionne pas  dans ce système défendu non par les populations mais par un petit groupe de mondialistes forcenés. Il me revint à l’esprit cette citation de Régis Debray dans son « Eloge des frontières » (éd. Gallimard) : « Une idée bête enchante l’Occident : l’humanité, qui va mal, ira mieux sans frontières ». La gauche elle-même n’est plus hermétique au souverainisme. Sur Cnews, ce dimanche, Arnaud Montebourg, candidat à l’élection présidentielle, prenait position sur ce thème. Toutes les Nations qui ne sont pas gouvernées par des européistes serviles devraient y réfléchir. Aux USA, les Etats ont plus de souveraineté judiciaire que les Nations dans l’Union Européenne, c’est dire la dictature exercée dans celle-ci par des instances, non-élues de surcroît !

Peut-on lister les plus et les moins du fait d’être dans l’Union européenne ? Des fiscalités différentes, des monnaies différentes, des systèmes de santé différents, un Code du travail et des salaires différents, des armées différentes, des cultures différentes, des frontières différentes, des climats différents, des juridictions différentes, des langues différentes (rien qu’en Belgique, existent deux langues officielles)… Mais, à Bruxelles, les technocrates européens font un service unique ! L’une des nombreuses raisons qui provoquèrent le Brexit est justement l’incompatibilité fragrante entre les lois britanniques et les lois laxistes de l’Union européenne.

En 2005, le peuple français avait dit « non » au traité de Lisbonne, à 55 % à cause de cette supériorité juridique de l’UE aux droits constitutionnels français. Nos gouvernants ont trahi le référendum national en avalisant ce traité. Si les institutions européennes, soutenues par le gouvernement de M. Macron, imposaient leur vision du droit, cela signifierait que la moindre directive européenne primerait sur la Constitution. Chaque pays a eu ses millions de morts pour défendre ses frontières, sa religion, ses us et coutumes, et il leur faudrait abandonner cela ? Il est plus que temps de refaire une Europe des peuples et de stopper l’oligarchie internationaliste. Autrement nous poursuivrons notre marche vers le totalitarisme à la mode soviétique. Et là, Polonais voire Hongrois nous diront : « On a déjà donné » !

Pierre Nespoulous