L’histoire d’un Verbe. Un conte pour Pâques

La chapelle du Verbe Incarné à Avignon. Ancien lieu de culte construit en 1685, on y trouva une imprimerie et aujourd'hui un théâtre. Un lieu dédié aux mots et à la parole.

L’incarnation est un grand mystère et la résurrection l’est aussi. Pour Richard Amalvy, Jésus est le logos, le Verbe organisateur autour duquel notre culture s’est construite. La syntaxe et la grammaire que nous utilisons en témoignent. Ce conte de Pâques le relate de manière humoristique.

 

Au commencement, l’homme grognait. Ses borborygmes étaient incompréhensibles, parfois abscons et incongrus, souvent inefficaces. Il inventa donc la parole. Mais déjà enclin à la division, il créa partout où il allait des mots différents pour désigner les même choses !

Le céleste Barbu qui veillait sur lui depuis qu’un jour il le modela envoya des individus, barbus tout comme lui, pour unifier les mots : des prophètes. Et pour respecter un adage célèbre qui veut qu’aucun ne le soit dans son Pays, ils partirent ailleurs pour voir si autre part ils le seraient.

Un jour, un ange se présenta devant Myriam pour lui dire : « Je te salue, le Seigneur est avec toi, et ton fils est béni ». Elle le crut.

Par ces mots reçus du Ciel, elle fit naître une grande parole : le Verbe. Les paroles en l’air avaient enfin les pieds sur terre.

Le Verbe se conjugua au présent, puis au futur, mais jamais à l’imparfait. Il eut ses attributs, ses compléments. Il était verbe et sujet.

Des grands prêtres, qui se conjuguaient au plus-que-parfait, ne prirent pas ce messie pour leur lanterne. Et comme ils ne voulaient pas que ce messie domine ici – car certains le croyaient roi -, ils le livrèrent au romain Ponce Pilate.

Avant de se laver les mains, le Latin interrogea le Verbe :
– que te reproche-t-on ?
– de parler…

« La parole est au peuple », rétorqua le Romain exaspéré. Le peuple clama d’une seule voix : « Crucifie-le ! ». Ce peuple était cruciverbiste et la Parole fut clouée sur le bois d’une croix.

Malgré cela, et pour écrire le Livre, le Divin Écrivain imposa le Verbe. Car la phrase idéale est la phrase verbale.

Richard Amalvy