L’improbable synthèse

Dimanche dernier, à Paris, la manifestation contre l’ « islamophobie » a rassemblé musulmans et gauchistes dans une improbable synthèse. Passons sur le terme lui-même et les discussions d’ordre sémantique qu’il a ouvertes, l’événement m’a paru, d’après ce que j’ai pu en voir à la télévision, une belle image de « francophobie ». Foulards, hidjabs et tchadors se côtoyaient sous des banderoles et des panneaux aux forts relents de communautarismes. La dénonciation de l’islamophobie considérée comme un racisme est une imposture intellectuelle majeure. Elle s’appuie sur la culpabilisation qui ronge l’occident autant que sur la nostalgie des grands combats contre le mal fasciste. Que des intellectuels soucieux du mot juste autant que du concept raffiné soient tous oints de bienveillance  progressiste, mais aussi haineux que ceux qu’ils dénoncent, alimente un dramatique moment de la défaite de la pensée.

« L’islamophobie tue » proclamait mensongèrement une banderole à l’avant du cortège. Les services du Ministère de l’Intérieur (et des Cultes) publient quelques statistiques relatives aux actes et aux menaces antireligieux très instructives. Si l’on arrondit les chiffres, pour la seule année dernière, la centaine d’actes « islamophobes » recensés n’a pas causé de mort, à la différence de certains des cinq cents actes « judéophobes » ou du millier d’actes « christianophobes » ! L’islamophobie qui fait la une des journaux relèverait donc du fantasme.

Il était admis, depuis plus de cent ans, que les religions se fissent oublier dans la vie sociale. Mais prétendre banaliser l’islam avec les autres religions au nom de la laïcité est nier la réalité. L’une des exigences de la laïcité, cette dissociation voulue et clairement affichée entre le spirituel et le profane, fondement de la loi de 1905, exigence bimillénaire du « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » est dénoncée par l’islam qui ne saurait détacher la vie sociale de la religion. La laïcité n’est un problème que liée à l’islam, les autres religions ne posant aucune difficulté pour se soumettre à la loi de séparation des Eglises et de l’Etat.

Lors de cette manifestation surréaliste, on n’a vu aucun pillard défoncer des vitrines, aucun black-blocs décidé à en découdre avec la police. Cela, déjà, nous trouble beaucoup. Ils avaient foot, eux aussi ? On a vu des manifestantes portant foulards, au verbe haut, nous jetant à la figure que « nos » lois, elles les feraient reculer. On a vu surtout des gens scander en chœur le macabre « Allah ou Akbar », à la demande d’un fiché S notoire, juché sur la voiture d’animation du cortège. Ces mots sont la dernière chose que les 263 morts des attentats islamiques ont entendu sur notre sol, entre 2012 et 2019, cri de guerre précédant habituellement les égorgements de Français. Les entendre résonner à deux pas du Bataclan est écoeurant, qui plus est à la veille du quatrième anniversaire des attentats de novembre 2015, d’un islamisme qui tue même des musulmans comme le maréchal des logis chef Iban Ibn Zlaten ou le gardien de la paix Ahmed Merabet, et d’autres…

Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, une certaine gauche, composée d’élus et de syndicats, a manifesté ce jour-là en faveur d’une religion. Les socialistes s’en sont exclus, rendons leur cette justice. La gauche a perdu sa base ouvrière : il lui fallait un nouveau lumpenprolétariat, et elle l’a trouvé chez les immigrants, qui se trouvent très majoritairement de confession musulmane. Et les fémino-gauchistes s’accommodent avec les règles voulant que dans cette religion la femme compte pour moitié. La photo diffusée dans la presse a montré que Jean-Luc Mélenchon trouvait tentante cette règle : on l’a vu entouré à la fois de Danièle Obono et de Clémentine Autain…

La bienséance politique et médiatique, alliée de ces manifestants autour du « vivre ensemble » et du « politiquement correct » va-t-elle baillonner encore longtemps des millions de Français qui ont tout compris mais n’osent rien dire ? Notre problème avait déjà été saisi par Chateaubriand : « Détruisez le Christianisme et vous aurez l’Islam ». Peut-on rappeler à tous – y compris à Macron – qu’avant d’être une République la France est avant tout un peuple dont la souveraineté en tant que Nation conforte son identité collective et que l’hostilité à cette Nation, loin de n’être qu’une simple entorse à ses lois, n’a tout simplement aucun droit de cité en France.

Pierre Nespoulous