L’indécence

En 2017, alors qu’il n’était que simple candidat à la présidence de la République, Emmanuel Macron avait cru bon de qualifier, à Alger, la colonisation de « crime contre l’Humanité ». Si les Français étaient conscients d’eux-mêmes et avaient un sens de la dignité nationale, ils n’auraient pas élu  un personnage qui dénigre ainsi son pays. Lors, il affirme vouloir mettre un terme à ce qu’il nomme à propos de l’Algérie, « le conflit mémoriel le plus dramatique de l’Histoire de France », dans le Kougloff intellectuel qui tient lieu de pensée au macronisme. Mais il persiste et signe…

L’on a remarqué combien, à l’étranger, il multiplie les critiques, souvent acerbes, contre son peuple : on a retenu ses bourdes diplomatiques en Hongrie, en Slovénie, au Danemark et plus récemment en Côte d’Ivoire. Des paroles éminemment contestables, voire carrément stupides, mais d’autres plus graves. La semaine dernière, Macron était à Jérusalem, où il nous a donné à assister au pathétique spectacle du « remake » de la colère de Chirac à l’adresse de la police d’Israël, ce qui peut lui permettre de gratter quelques voix dans les banlieues. Mais c’est dans l’avion du retour, encore imprégné des cérémonies commémoratives de la libération du camp d’Auschwitz, qu’il a évoqué l’ancien président devant les journalistes, et de manière plus profonde et plus grave. Décidément sujet à un réel complexe avec la guerre d’Algérie, il a abordé le « défi mémoriel » qui la concerne : « Il est là, et je pense qu’il a le même statut que la Shoah pour Jacques Chirac en 1995 », rappelant la reconnaissance de la responsabilité de la France dans la déportation des juifs.

Là, cette manipulation de l’Histoire, c’est de l’indécence. L’indécence de l’amalgame entre la guerre d’Algérie et le pire génocide de l’Histoire humaine, qui auraient un « statut » – terme administratif – commun ! Les camarades de ma génération qui ont combattu en AFN et les fonctionnaires qui y ont servi seront sans doute fiers de cette manipulation qui les assimile aux bourreaux de la pire espèce. Elle est intellectuellement fausse et malhonnête, et politiquement perverse.

Quand on ne sait pas, on se tait. Emmanuel Macron, à la différence de Jacques Chirac, n’a pas fait son service en Algérie ni risqué sa vie lors d’un conflit, et cet homme inachevé ose faire état de ce qu’il nomme « lacune mémorielle nationale ». La lacune lui est personnelle, dans un mouvement ou la défense des valeurs se croise avec des priorités électoralistes. On ne fait pas la France en cultivant chez les immigrés leur hostilité envers le pays qui les accueille, mais en les appelant à participer à la fierté de celui qui les reçoit.

C’est le socialiste Jaurès, dont des militaires de sa famille ont participé à la conquête de l’Algérie, qui la justifie en louant la mission civilisatrice de la France : « Il faut se faire aimer en assurant l’ordre et en construisant des écoles », expliquait-il aux électeurs du Tarn lorsqu’il préparait son élection comme député en 1885. Et puis, pourquoi parler toujours de la guerre d’Algérie ? Ce pays est au bord de l’implosion et rajouter du ressentiment n’apportera rien de bon. Déjà qu’il y a plusieurs millions d’algériens en France, qui ont des difficultés d’assimilation et tant de colonisés qui n’aspirent qu’à vivre chez le colonisateur, cela ne va rien arranger ! La guerre a permis la séparation entre deux peuples : cela aurait pu mieux se passer, mais c’est ainsi. La France avait gagné la guerre, mais pas la paix. Pour Macron, cela n’est pas terminé. Il faut revenir sur l’événement. En le reliant honteusement à l’Holocauste. N’a-t-il pas d’autres problèmes à résoudre ? Le pays a-t-il à faire les frais des problèmes psychologiques de son président ?

L’expression « identité mémorielle » appliquée conjointement à la Shoah et à la guerre d’Algérie, c’est le « en même temps » macronien, cette opacité inédite, maquillée en philosophie : les juifs ont été victimes d’un crime monstrueux, alors il faut que les musulmans bénéficient d’un « statut » équivalent. Il est évident que faire ce lien est une aberration historique, outre morale, mais cela permet de dire à ces derniers : « Je suis de votre côté, votez pour moi » ! Macron est-il tellement déconnecté avec son peuple qu’il s’imagine qu’il va convaincre les Français ? Ils ont du bon sens ! Non, monsieur le Président de la République, la guerre d’Algérie n’est en rien comparable avec l’extermination des Juifs, la France n’a pas commis de génocide et ne va pas passer son temps à s’excuser auprès de chacun des pays auxquels elle a apporté la lumière, la modernité, la culture et la science. A quand la fin de cette repentance permanente à sens unique ?

Pierre Nespoulous