L’Islam : Religion ou société ?

Si l’Islam est une religion, il n’y a rien à dire. Si l’Islam est une société, nous sommes tous concernés. La question qui se pose aujourd’hui d’une adaptation de l’islam à la France et à la laïcité telle qu’elle est définie par la loi de 1905 n’est pourtant pas sans antériorités. La France a été l’une des principales puissances musulmanes du monde. Déjà avant 1905, avec les trois départements de l’Algérie, la Tunisie, le protectorat du Maroc en 1912, les mandats de la Syrie, du Liban et l’Afrique noire où l’Islam est majoritaire.

Si donc on a pu parler jusqu’en 1940 d’Empire français, en population, celui-ci était à majorité musulmane. Des militaires, des administrateurs, des universitaires français étaient des islamologues confirmés et ne dissimulaient pas leurs intentions de protéger outre-mer une religion naturelle qui devait recevoir l’appui de la France. Les motivations politiques de cette protection de l’islam sont évidentes, mais elles ne pouvaient s’adapter à une Séparation réservée semble-t-il à la métropole, car, en métropole, en 1905, il ne pouvait être question de laïcité pour un culte musulman qui était invisible. En Algérie, les cultes catholiques, protestants et juifs passèrent sous le régime de la Séparation. Par contre, l’article 43 et une série de décrets conduisent à maintenir le système hérité de l’Empire ottoman : on va nommer les imans, les muftis et les caïds. Le temps va passer, il n’y a plus de métropole mais la France continentale et la Corse, où les enfants de Mahomet arrivent de toujours et toujours plus nombreux. Voilà que parvenus en France on leur demande d’insérer leur culte et leurs pratiques dans la laïcité de la loi de 1905. Cela paraît difficile : l’islam a toujours été protégé par un pouvoir politique, par les Turcs, par les Français puis par d’autres en Iran, en Egypte, en Arabie… partout. S’il n’est pas protégé, l’islam est la proie des aventuriers de la foi, des hérésies et des sectes.

Le chamelier prédestiné qui créa cette religion du désert pour des bédouins menacés et nécessairement conquérants le savait-il ? Peut-être, puisqu’il a réglé la conduite des uns et des autres depuis : les femmes, la nourriture, la guerre et un livre, le Coran : un code civil, pénal, où il y a tout et le contraire de tout. L’islam est plus qu’une religion, c’est un fait politique, ce qui paraît inévitable puisqu’il mêle Dieu et César. Le Commandeur des croyants d’autrefois à Damas, à Bagdad, à Cordoue, ou ailleurs, est un chef politique. Lorsque les Ottomans arrivèrent, ils devinrent les chefs religieux parce qu’ils étaient des chefs politiques. Pareillement, un chef religieux devient un chef politique et si l’islam n’est pas protégé, s’il se livre à lui-même, il devient politique. Et si l’on supprime le chef politique comme Saddam Hussein, l’islam dévoyé fait naître une république terroriste. Le moment ne semble pas venu où l’islam avalera la laïcité à l’occidentale. S’il n’est pas préservé du phénomène politique, s’ensuivront des principautés locales, bases de minorités importantes, naissant autour des mosquées pour imposer leurs mœurs, parfois leurs impôts, toujours leur identité.

Quel que soit le respect que peut inspirer cette religion, on ne peut tolérer qu’elle débouche sur le plan civil. Car l’islam n’est pas qu’une religion, c’est une société ; elle ne saurait subsister que si elle est protégée car si elle n’est pas accompagnée politiquement, elle devient conquérante et dominatrice.

Qu’on nous comprenne bien, il ne s’agit pas d’interdire ou de contrôler, ni d’empêcher quelqu’un de prier, il s’agit de protéger l’islam afin qu’il redevienne ce qu’il devrait être : une religion de ferveur et d’illumination.

Jacques Limouzy