L’issue de secours ?

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On avait eu les bonnets rouges, chargés de symbolique. Les gilets jaunes répondent à une bonne idée ! Utiliser un ustensile obligatoire pour manifester son opposition à une décision gouvernementale, fallait y penser. Tout automobiliste en a un. Ironie ou symbole, les gendarmes portent le même gilet jaune réglementaire ! C’est la malice du petit peuple : l’instrument dont on impose l’obligation devient synonyme de révolte. La goutte qui a fait déborder le vase des mécontentements est la hausse des taxes sur le carburant. « Qu’ils viennent me chercher ! » avait clamé récemment le Président, montant sur ses ergots. Voilà, Manu : « Ils sont venus, ils sont tous là » aurait chanté Charles. Les gilets jaunes, ces « gens qui ne sont rien » sont de génération spontanée. Ils sont le peuple moins les prétendues élites et autres privilégiés du village-monde. Eux ne sont pas de partout, ils sont de quelque part. Ce mouvement rassemble des gens qui ont pris le prétexte de la hausse des carburants pour exprimer un ras-le-bol fiscal et un ras-le-bol tout court.

Ce peuple, Robin des bois collectif, ni de droite ni de gauche, donc macronien, se dresse contre Macron… La rébellion des manants ? Ces gilets jaunes, ce sont généralement des visages blancs, une espèce de Français menacée d’extinction, de Français de souche qui paie le plus d’impôts et qui finance son propre servage et sa propre disparition. L’on a surtout vu, brandis par des manifestants, de nombreux drapeaux bleu-blanc-rouge et pas d’oriflammes frappés d’un croissant. Ils se dressent contre la mise en avant d’un faux problème écologique et contre la préférence donnée à une écologie de punition au lieu d’une écologie d’adhésion. Cela se traduit en impôts, contributions et taxes, dont on sait depuis Alphonse Allais qu’il est plus rentable d’y soumettre un grand nombre de pauvres qu’un petit nombre de riches.

Devant le mépris dont ils sont l’objet de la part des gouvernants, malgré la gêne que leurs actions occasionnent, ces gilets jaunes bénéficient selon les sondages de l’approbation de plus des trois quarts de la population. Dans les rangs imaginatifs de LaREM, on réfléchit sans doute à user de sévérité républicaine à leur égard. Jean Lassalle a osé revêtir un gilet jaune dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale, imperturbable aux injonctions du garde champêtre Richard Ferrand qui l’a sanctionné. Ce doit être compliqué d’interdire, dans ce pays, ce qui est obligatoire ! Quand les Bouvard et Pécuchet se saisissent du pouvoir, on les voit apparaître, ces Castaner, ces Griveaux, petite caste d’oligarques sans talent particulier mais dotés d’un pouvoir exorbitant, pensant être là de droit divin. Benjamin Griveaux étale son mépris pour « ces gens qui fument des clopes et roulent au diesel », Gérald Darmanin détecte une « peste brune » et Philippe Castaner, tel Cicéron face à la conjuration de Catilina, les insulte en les qualifiant de « séditieux », de « factieux d’extrême droite » pour se donner le beau rôle de garant de l’ordre. Il n’aura pas fallu un mois pour confirmer ce dont on se doutait : Castaner n’est pas au niveau, sur un poste illustré jadis et naguère par Clémenceau, Mitterrand, Chirac, Poniatowski, Pasqua ou Sarkozy. On se pince ! Un vrai « taulier » est un client rare en Macronie ! Osera-t-il, en juillet, l’interdiction sur les Champs-Elysées du gilet jaune du vainqueur du Tour de France ?

Mettre tout à la sauce fasciste, c’est très tendance, mais la ficelle commence à s’user et le mensonge médiatique qui vise à faire porter le chapeau des violences sur les Champs Elysées à l’ultra-droite ne passe pas. Emmanuel Macron lui-même a parlé de « scènes de guerre », avec le ridicule de celui qui n’a jamais tenu un fusil et confond une lance à eau avec un lance rocket. Paris n’a rien à voir avec les villes de Syrie ! Devant le courage et la détermination des forces de police, il s’est aussi fendu d’un « tweet », répétant par trois fois, en opprobre porté contre les fauteurs de trouble « Honte à ceux qui… », dans une anaphore sans doute héritée de sa proximité passée avec François Hollande, coutumier de la figure de style…

Macron et ses cireurs de pompes sont comme une secte élitiste et mondialisée, qui ne pense qu’écologie, mépris des traditions, communautarisme remplaçant l’idée nationale et qui vit dans une bulle. Marie-Antoinette dans son Hameau de la Reine… Ce mardi, l’on attendait une allocution du chef sur les mesures à prendre dans les circonstances présentes. On a eu un ersatz du « Je vous ai compris » de de Gaulle, puis un discours vague et creux de technocrate avec, comme mesure immédiate pour répondre à la colère des gilets jaunes, la création d’un « Haut Conseil pour le climat », nouveau « comité Théodule », selon, là aussi, l’expression chère à de Gaulle, instance chargée de fournir un rapport dans trois mois. L’on comprend l’accueil qui peut être réservé à de telles propositions ! Dans trois mois, Macron sera sans aucun doute trop occupé par la préparation d’élections en phase avec son souci de leadership européen. Il s’y consacre d’ailleurs déjà et veut rajeunir les cadres  pour cette préparation. N’a-t-il pas réuni cette semaine à cet effet, pour un déjeuner secret, des jeunes pleins d’avenir, comme Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin ou Pierre Moscovici ? Vive la « génération Macron » ! L’image du « winner startuper » mondial en prend un coup ! Mais où est l’issue de secours ?

Pierre NESPOULOUS