Ma colère ?

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“Ma colère n’est pas un Front… elle n’est pas Nationale !”. Dans son dernier “single” qui vient de sortir chez Columbia-Sony Music, Yannick Noah dénonce avec des mots d’une telle pauvreté la montée du Front National. Une chanson “à la Noah” !

D’une ringardise à toute épreuve – les méchants ce sont eux, je suis le gentil – ce texte qui semble venir de chez Aldi et la musique d’Aéroports de Paris, d’une pauvreté intellectuelle et poétique, d’un manque de recherche musicale, sont peut-être à conserver et à passer pour rigoler.

Lorsqu’on est à court d’inspiration et en panne de créativité, tout est bon à fourguer au public pour tenter de revenir au-devant de la scène et sortir des oubliettes. Avec cette provocation pour dire qu’il existe et sa chansonnette de bazar, Noah a trouvé encore le moyen de surfer sur l’opinion et de rappeler aux masses qu’il est de gôche. Enfin, le cœur… Parce que le portefeuille, il est plutôt à droite.

Les artistes, les vrais, s’en tiennent à la culture et évitent d’aller patauger dans un terrain marécageux qui est réservé à ses spécialistes tout comme la chanson est réservée aux chanteurs. C’est un domaine où de plus forts, de plus compétents se sont brisé les reins.

Les saltimbanques qui font de la politique sont souvent pitoyables. La gauche a perdu le monde ouvrier au profit du Front National, et c’est en grande partie de la faute de ces bobos qui, à force de critiquer les autres, ne se rendent pas compte de l’image d’intolérance qu’ils donnent d’eux. Cette gauche caviar qui se rachète à bon compte une conscience en criant fort au fascisme… Encore un type qui dit comment penser ? Les Français sont majeurs et libres de leur opinion, non ?

La vraie colère de Noah vient d’avoir chanté pour Hollande, le fameux candidat anti-riches de la dernière présidentielle. Il me revient à l’esprit la définition du désenchantement donnée par certains dictionnaires : “ C’est le jour où les cocus savent ”. A priori notre chanteur évadé fiscal ne s’en est pas encore remis. D’où une couche supplémentaire de niaiseries bien pensantes. Et puis si l’homme qui a dit en 2006 : “ Si Sarko passe, je me casse ” (on admire la valeur de la rime de ce poète) reste finalement tout en remplissant son compte à l’étranger, il exprime une colère qui doit laisser pas mal de gens indifférents, connaissant son civisme le prédisposant à payer ses impôts.

Impressionnante, cette colère ! Qu’il aille travailler en usine, il aura de quoi être énervé ! Bel exemple : en voilà un qui vient se remplir les poches en France, qui repart avec la monnaie, qui exige que les autres prennent en charge les miséreux sans y participer. Au bal des faux-culs, il n’est pas le dernier. Attention à la morale à l’emporte-pièce et aux préjugés réducteurs (la facilité du bouc émissaire), car certaines causes ne se révèlent être en fait que les conséquences d’autres causes. Avec des ennemis comme Noah, Marine ne risque pas grand-chose, bien au contraire. Il y en a qui voteraient pour elle rien que pour ne plus entendre un arriviste des “ bonnes causes ” mal chantées, qui fait son business… L’avez-vous écouté ? On aurait attendu de la créativité, de la fantaisie, de la poésie, bref, du talent ! Là, on le croit parti pour une chanson “ coup de poing ”, qui s’avère être un coup d’épée dans l’eau.

Il espère quoi, le Yannick, à deux semaines des élections ? Changer le monde ? C’est bien naïf. Mais enfin, heureusement qu’il y a encore en France de grands penseurs de ce calibre !

Pierre Nespoulous