Majorité : les grandes illusions

Certains députés d’En Marche ont cru devoir s’éloigner, en plein confinement de la maison familiale, en mettant en cause la majorité absolue du gouvernement à l’Assemblée nationale.

Il faut dire qu’on gouverne très bien avec une majorité relative lorsque des amis deviennent des alliés qui n’ont qu’un seul inconvénient : coûter plus cher politiquement.

Ce n’est donc pas aux conséquences de cet événement qu’il faut rester attentif mais à leurs raisons.

Il semble que les intéressés se soient rendu compte, enfin, qu’ils vivaient sous un gouvernement de centre-droit.

Il y a bien sûr des présomptions : le Premier ministre, le ministre de l’Économie et des Finances, le ministre du Budget et quelques autres, moins visibles, viennent des Républicains.

On ne peut plus dire que le ministre des Affaires étrangères est à gauche, et bien d’autres parmi ce qui compte semble avoir oublié leur origine.

L’acte de dissidence qui est intervenu résonne comme l’appel à un changement de gouvernement, indispensable après que les drames du coronavirus, sinon disparus, du moins, se seraient atténués. Certes, le Président peut passer du centre-droit au centre-gauche mais ce serait donner un espace supplémentaire à l’opposition réelle qui se développe avec Les Républicains qui ont toujours 100 députés à l’Assemblée nationale, la majorité absolue au Sénat, la présidence de l’Association des Maires de France et, avec le centriste Dominique Bussereau, la présidence des départements.

Un autre cas de figure est à la disposition du Président : la mise en avant du Modem. Mais le Modem est un phénomène politique qu’un illusionniste de talent, François Bayrou, fait renaître lorsque l’occasion s’en présente.

Aussi, peut-on croire que, détachés d’En Marche, ceux qui s’en vont retrouveront quelques certitudes de revenir si les présidentielles, mères de l’assemblée, étaient perdues. En effet, le Président reste en cause.

Il était arrivé porté par un destin d’homme d’État qui se voulait destructeur de toutes antériorités politiques et réformateur incontestable de l’avenir.

En effet, les deux grands réformateurs de l’histoire politique française sont le Premier consul et le général de Gaulle. Ce n’étaient pas des hommes politiques, Emmanuel Macron ne l’est pas non plus. Sa formation s’est faite chez le président François Hollande c’est-à-dire dans une cour orientale plutôt que dans un cabinet.

Certes, la condition d’homme politique est empreinte d’une réputation qu’elle doit à quelques déplorables exemples, mais elle comporte toujours un sens inné de ce qu’il faut faire dans l’immédiat. Ce sens est conduit par des victoires qui l’ont nourri et par des échecs qui lui ont enseigné ce qu’il ne fallait jamais faire. Cette grâce politique a souvent touché les meilleurs entre les titulaires de mandats territoriaux, quels qu’ils soient.

Le Président devra donc se vouer par la suite à ce qui lui manque, car quelle que soit l’intelligence de l’homme, elle reste solitaire si elle n’est pas nourrie au foyer du bon sens.

La réélection d’Emmanuel Macron n’est pas nullement impossible, elle est surement menacée. Il devra en premier lieu se méfier de sa personne et de ses qualités dont la perfection remarquable le pousse à raisonner de travers.

Jacques Limouzy