Marseille

Côté pile, Marseille est une ville qui a tout pour elle, sa situation géographique enviable, son Histoire, ses paysages, son port et le trafic maritime, un aéroport international et le TGV à trois heures de Paris. Le tourisme, la mer, le soleil…Côté face, Marseille est depuis longtemps – et de plus en plus – une ville sale et dangereuse avec tout un folklore autour de truands, de la corruption, de trafics en tous genres, de dealers et de violences, au point qu’on en est parfois venus à rigoler comme si, au soleil et « avé l’assent », c’était moins grave. Et cela ne va pas s’arranger avec les nouveaux élus escrologistes qui ont, pour cause de pollution, banni des eaux du port de Marseille, déjà mis en faillite par la CGT,  les bateaux de croisière.

Alors, après sa visite en Irak, Emmanuel Macron a décidé que les pouvoirs publics allaient « y mettre les moyens ». Certes Marseille n’est pas Bagdad, mais enregistrer quinze morts par balles lors de règlements de compte depuis le début de l’année ne fait pas de cette ville un endroit des plus riant ! Le Président a donc effectué, en ce début de mois, une visite d’une durée inhabituelle de trois jours pour répondre aux peurs et interrogations liées à l’insécurité et l’insalubrité que subit Marseille. Trois jours donc, pour présenter un grand plan, notamment en matière de rénovation des écoles et des transports ainsi qu’un programme de lutte contre les trafics de stupéfiants.

Les commentateurs ont noté que, quand le Président se déplace, on nettoie, on range, on déblaie le terrain. Les habitants de la cité Bassens n’en croyaient pas leurs yeux : des dizaines d’employés de sociétés privées sont venus nettoyer ces lieux voués d’ordinaire à l’abandon et à la crasse. D’où l’appellation, par certains, de « cité Potemkine ». L’expression « village Potemkine » pour une cité nettoyée de fond en comble à l’occasion d’une visite princière date d’un voyage de l’impératrice Catherine II de Russie en Crimée en 1787. La légende raconte que le Premier ministre et favori de Catherine II, Grigori Potemkine, avait fait ériger le long du parcours, afin de cacher la misère des lieux, des villages artificiels, remplis pour l’occasion de paysans en habits de fête…

Faut-il retenir cet aspect ou bien en venir à la suggestion de Manuel Valls à propos des quartiers de Marseille marqués par la pauvreté, les inégalités, la violence et l’insécurité : « Là-bas, il faut tout raser, tout reconstruire… ». En 1984, Harlem Désir exigeait déjà que l’on réparât les ascenseurs cassés dans les cités de Marseille. Il lui avait été répondu qu’avant de les réparer il vaudrait mieux ne pas les détruire ! C’est comme les écoles : ce sera quand même plus sympa de saccager et incendier des écoles bien propres que des bâtiments délabrés !

L’on sait que des tas de problèmes ont pour source  l’immigration incontrôlée. Mais c’est un sujet interdit. Sauf pour souligner « les chances pour la France ». Candidat président en 2017,  Emmanuel Macron était venu faire sa campagne électorale à Marseille en hurlant son enthousiasme dans le micro : « Quand je viens à Marseille, je vois des Algériens, des Marocains, des Tunisiens, des Comoriens, des Congolais, des Libyens, des Syriens, des Arméniens… » N’y avait-il pas quelques Français ?

Allons… Trois jours pour porter la bonne nouvelle. Le Président de la République est arrivé avec des milliards dans sa hotte. Mais c’est le tonneau des Danaïdes ! Au vu des résultats obtenus, il y a longtemps que le constat aurait dû être fait que l’argent ne fait pas tout. L’argent, c’est comme l’eau, ça s’évapore. «Il n’y a pas de zone de non-droit », affirme le Ministre de l’Intérieur. Ces temps derniers, après tant d’autres banlieues, c’est Garges les Gonnesse qui flambe toutes les nuits. Mais « A force de tout voir, on finit par tout supporter. A force de tout supporter, on finit par tout tolérer. A force de tout tolérer, on finit par tout accepter. A force de tout accepter, on finit par tout approuver » (Saint-Augustin).

Pierre Nespoulous