Mayotte

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L’île de Mayotte, ce 101ème département français, est sous tension. S’y déroulent quotidiennement des manifestations, contre l’insécurité, l’immigration irrégulière et le manque de moyens pour y remédier. Depuis le 20 février, un collectif de citoyens et une intersyndicale ont déclenché un mouvement social, entré ce mardi dans sa quatrième semaine. Annick Girardin, ministre de l’outre-mer, s’est rendue dans l’île, et les habitants lui ont dit qu’ils ne veulent pas de « sous-mesures d’urgence » comme ils ont appelé ses annonces. Les vœux des manifestants sont d’obtenir un plan sur l’avenir et une réponse concernant la lutte contre une délinquance croissante et contre l’immigration clandestine. Vu sa position géographique, la reconnaissance de cette île comme un département français a été l’allumage d’un phare dans la nuit. Mettez en balance avec les Comoriens les avantages donnés aux Mahorais et cela donne un contenu explosif. Et ce ne sont pas les déclarations gentillettes de la ministre de l’Outre-mer qui changeront quoi que ce soit.

C’est curieux. En 1974, suite à un référendum sur l’ensemble des Comores, demandant aux habitants de cette colonie s’ils voulaient être indépendants, Mayotte fut la seule île à vouloir rester française, la Grande Comore, Mohéli et Anjouan ayant choisi d’être indépendantes. Ces dernières peuvent-elles avoir le beurre (l’indépendance) et l’argent du beurre (les avantages du régime français) ? Est-ce une anomalie historique, politique et juridique ? Se retrouver avec une des îles de l’archipel restée française au milieu de toutes les autres devenues indépendantes avec un niveau de vie à des années-lumière du standard européen et une situation politique compliquée, le combat était-il perdu d’avance ? Quarante ans plus tard, les Comoriennes viennent accoucher à Mayotte pour que leurs enfants aient la nationalité française !

Est-ce une anticipation de la situation de la métropole dans dix à quinze ans ? Une immigration incontrôlée, du droit du sol « hors-sol », la misère partout, la sécurité nulle part… Nos courageux politiciens préfèrent-ils charger la barque jusqu’à ce qu’elle coule ? Marseille est déjà la plus grosse ville des Comores. Le problème ne fait que commencer… Son point de départ, c’est le droit du sol. Il suffit d’accoucher en France, à Mayotte comme ailleurs en métropole, et la nationalité est acquise pour l’enfant. La mère reste, puis intervient le regroupement familial. C’est l’acquisition d’un statut envié, avec, évidemment, ses corollaires que sont les avantages sociaux.

Partout sur notre territoire, lorsque l’on interroge les clandestins, on obtient une seule réponse. Le message qui circule est que seule la France accueille tout le monde, ne reconduit guère aux frontières, soigne gratuitement et verse des allocations. Si vous faites un enfant, qui sera français, alors vous êtes intouchable. Mayotte en est l’illustration la plus parfaite et rien ne pourra y changer quoi que ce soit. On a affaire à une traite d’enfants contre gains financiers relatifs à la nationalité française. Les enfants sont une monnaie !

L’on est confronté là à une situation dramatique qui demande des solutions innovantes et des mesures inhabituelles, ce ne sera pas simple. La maternité de Mayotte est la première de France avec quelque dix mille naissances par an, soit deux fois plus que la plus grosse maternité d’Ile de France ! D’après Benjamin Griveaux, porte-parole, le gouvernement réfléchit à un possible statut d’« extraterritorialité » pour l’Hôpital, l’objectif étant de faire en sorte que les naissances qui y interviennent ne permettent pas d’obtenir obligatoirement la nationalité ! Je doute qu’Edouard Philippe puisse parvenir à la solution qu’il préconise, aussi idiote que son 80 kmh sur les routes…

Le droit du sol ? La nationalité française demande mieux que le séjour dans une maternité pour être obtenue ! Et rares sont les responsables politiques, même à droite, qui osent bousculer ce tabou du droit du sol. Si l’on n’est pas né de parents français, on ne devrait pas l’être automatiquement, ce qui n’empêche pas évidemment de le devenir par une naturalisation répondant à des critères précisément définis, de volonté, d’engagement et de pratique de la langue. Il y a tant de blancs caucasiens, nés en France et naturalisés d’office français après que la République leur ait donné un sac à dos, un fusil et offert un séjour pas toujours agréable ! Le « droit du sang », généralement considéré par routine comme inenvisageable en France est en vigueur dans de grandes démocraties. Car, comme l’a dit Montesquieu, au XVIIIème siècle déjà : « Le droit du sol est l’absurdité qui consiste à dire qu’un cheval est une vache parce qu’il est né dans une étable »…

Pierre NESPOULOUS