Mésalliances ?

La semaine passée, Emmanuel Macron nous a appris qu’il recyclait les vieux chevaux de retour, dont François Bayrou et Daniel Cohn-Bendit. Un triumvirat d’enfer ! Si ce dernier nous a habitués à ses foucades, l’autre, excité à l’approche des présidentielles, est resté fidèle à sa ligne de conduite habituelle : on se souvient de la manière dont il a trahi ceux qui ont fait sa carrière politique pour faire élire François Hollande. Il est à la déloyauté ce que Richter est aux séismes !

Emmanuel Macron a déclaré récemment devant une foule d’allumés dans un meeting ressemblant à une réunion d’évangélistes américains que la politique, ce n’était pas un programme, que c’était « mystique » et « christique ». A force de se mettre dans la peau de Jésus, il a fini par le croire. Un peu comme Hollande se voyant en nouveau Mitterrand. Il se prend pour le Sauveur, le gourou ; « Je vous aime… farouchement ». Ce dernier terme, à lui seul, en dit long sur le personnage. Ce n’est pas parce que Macron est à l’origine d’une hystérie adulatoire qu’il est crédible.

Les Français se sont laissé prendre aux « Moi Président » de l’embobineur précédent, avec les résultats que l’on sait. L’ineffable Bayrou, ayant jugé par préjugé contre ses amis, ne voulut pas se déjuger et préféra se déconsidérer en soutenant François Hollande qui, comme le dit si bien Arnaud Montebourg, « n’a pas redressé le pays et a disloqué son camp ». D’ailleurs, François Hollande n’a pas cru bon de récompenser de son allégeance le Béarnais qui vole désormais au secours du Hollande bis.

Emmanuel Macron prétend incarner une sorte de renouvellement de la classe politique. Est-ce bien ainsi, en s’alliant les services d’un tel cheval, à la fois de trait et de retour ? Encore que je suis injuste avec les chevaux de trait qui sont beaux, puissants et travailleurs. Ce grand raisonneur de Bayrou, sorti de son insignifiance, réapparaît ainsi dans la politique française, l’air pontifiant pour paraître profond, tous les cinq ans, pour les présidentielles, comme Poutou ou quelques autres.

Il est singulier de voir comment les médias maintiennent un intérêt pour un homme qui, sur le plan politique, s’est ridiculisé en 2007, frappant en vain à la porte de Ségolène, a réitéré en 2012 par son allégeance à Hollande, et qui ne représente qu’une indignation solitaire. Il a plus trahi que construit dans son parcours politique : « Il faut savoir choisir, et Bayrou c’est pire que tout » déclarait au Monde Simone Veil le 17 mars 2007.

Ce grand dénonciateur campe dans une position de supériorité morale absolue. Après avoir aidé François Hollande à être élu, il a fraternisé avec de bonnes âmes de droite assez naïves pour le remettre en selle à Pau. J’ai du mal à admirer les bêtes politiques polymorphes, aux vestes réversibles, cela sent plus l’opportunisme malsain que les convictions solides. Le grand moralisateur de la vie politique qu’il se prétend n’a pourtant pas craint de fonder le MoDem avec la caisse de l’UDF, alimentée par les adhérents et les parlementaires qui ne l’ont pas suivi dans son aventure personnelle avec la gauche. Peut-il leur rendre l’immeuble du 133 bis rue de l’Université ? Le Parquet financier est muet sur ce point ! Si je parle ainsi aujourd’hui c’est pour l’avoir tellement pratiqué. De même formation en lettres classiques, nous fûmes conjointement Présidents de l’UDF, lui sur le plan national et moi sur le plan du département, avec les relations que cela implique ! Avec 123 députés au départ, l’UDF parlait d’égal à égal avec le RPR ; il a métamorphosé le parti en MoDem au point de n’avoir plus qu’un député, Jean Lassalle, qui vient d’ailleurs de s’en détacher !

Sincèrement, a-t-on besoin de celui qui passe son temps à donner des leçons, qui a fait toute sa carrière d’élu grâce à la droite et se précipite dans le camp d’en face, malgré tout ce qu’il a pu dire, très récemment encore, de Macron, entre autres : « Emmanuel Macron sert, depuis des mois, un double jeu » – « Derrière cet hologramme (!), il y a une tentative de très grands intérêts financiers qui veulent le pouvoir politique » – « Je ne me reconnais pas dans ce que Macron incarne » – « Macron est le principal responsable de la politique économique suivie par François Hollande. Pour quel résultat ? » – « Macron, c’est comme Le Maire : le renouveau, mais idée zéro »…  Alors, voilà. Après une telle salve, il rallie Macron ! Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, dit l’adage. Alors, dans ce cadre, Bayrou doit être un surdoué ! Il sait que nulle période n’est plus propice aux trahisons que celle qui précède un changement de règne. Talleyrand, grand spécialiste en la matière, ne s’y trompait pas puisque, pour lui, trahir ou pas, « ce n’est qu’une question de dates » !

La mission de Bayrou, désormais, est de hurler avec la meute qui n’entend pas lâcher sa proie pour éliminer le seul candidat qui a l’intention de relever la France avilie malgré la coalition de juges et de médias militants. Finalement, il n’y a que Jacqueline Sauvage qui ait bénéficié de la clémence du prince. Morale : mieux vaut tuer son mari que d’embaucher sa femme !…

Pierre Nespoulous