Mieux vaut tard que jamais : on va juger Benalla !

Nous apprenons avec satisfaction que les délits reprochés à Monsieur Alexandre Benalla sont en passe d’être jugés.

Les affaires concernant M. Benalla touchent les dernières présidentielles et leurs tintamarres le début du quinquennat.

Faudra-t-il attendre la fin du quinquennat qui s’annonce, c’est-à-dire dix ans, pour qu’une clarté bienvenue mette fin à ce roman de cape et d’épée des temps modernes ?

Disons tout de même que dans les affaires politiques, il arrive que le système judiciaire français s’emballe pour traiter l’affaire Fillon et s’endorme pour traiter l’affaire Benalla celle qui concerne, après tout, le Président de la République qui devrait avoir à cœur d’en terminer avant de prétendre à sa réélection.

Aujourd’hui, nous croyons devoir rappeler à nos lecteurs les extraordinaires conditions dans lesquelles est apparue « l’affaire Benalla » :

Cette affaire subalterne monta au ciel des médias jusqu’à en venir à brouiller les rapports des pouvoirs publics.

Un caporal de porte-flingue et de porte-valises de la sécurité immédiate qui devint colonel de gendarmerie.

Un homme armé par on ne sait qui et désarmé on ne sut quand.

Un coffre-fort qui est plein lorsqu’il est fermé et vide lorsqu’il est ouvert.

Un de ces personnages du drame de boulevard ou de la comédie italienne souvent vêtu d’un manteau d’Arlequin, visible quelque part entre Arsène Lupin et Vidocq.

On ne l’oubliait pas mais il reparaissait avec la régularité de Belphégor.

Est-il un peu Fantômas pour avoir effrayé à ce point la commission d’enquête de l’Assemblée nationale qui décida de se dissoudre par peur d’en savoir plus ?

Livré à une commission d’enquête du Sénat où le talent d’investigation se dissimule sous une extrême courtoisie, on en vint à découvrir qu’il était menteur. Sinon par vice mais plutôt par nécessité.

Ses supérieurs hiérarchiques en vinrent à comprendre qu’en réalité, ils ne l’étaient pas mais qu’il les avait compromis.

On découvrit qu’il avait une couverture diplomatique, qu’il offrait des services d’accompagnement et de sécurité pour des oligarques russes.

Vivant dans une bulle, Monsieur Collomb, ministre de l’Intérieur, ne le connaissait pas ou le prenait pour un autre.

Il avait ses distractions : il allait bosser à la manif au nom de l’Etat.

Comment ne pas voir que cette diversité cachait quelque élément fédérateur ?

Car ce n’était pas la fée Carabosse qui vidait les coffres et fournissait les documents.

Il devient certain que pour dénouer cet écheveau, il y avait quelque chose qui manquait, quelque chose qu’on ne connaissait pas.

S’il fallait un procès, ce serait celui du Sénat

Au nombre des âneries que j’ai entendues au cours de ma vie politique sont celles qui annonçaient que les sénateurs voudraient destituer le président de la République.

C’est du n’importe quoi à « + » l’infini et il a fallu entendre un membre du gouvernement, Christophe Castaner, secrétaire d’Etat aux relations avec le Parlement, dire ça.

L’affaire était pourtant simple : monsieur Alexandre Benalla fut inculpé sur la base des désordres qu’il avait provoqués. La loi très justement rappelée par Nicole Belloubet, garde des Sceaux, interrompit l’action de toute commission parlementaire sur ce point seulement.

Car elle n’interrompit pas le pouvoir législatif dans sa tâche de contrôle de l’Etat.

Il n’appartenait donc pas au pouvoir judiciaire d’interrompre le contrôle parlementaire sur l’action de l’Etat, de ses ministres et de leurs agents.

Le Parlement devait savoir comment et par qui était assurée la protection du président de la République dans un pays où deux présidents, MM. Sadi Carnot et Paul Doumer, avaient été assassinés et où le général de Gaulle avait fait l’objet de deux tentatives.

Philippe Bas, président de la Commission des lois au Sénat, ne recherchait pas autre chose et sa commission souhaitait établir la clarté dans la protection du président.

Il y aurait pu avoir un procès quelque part bien sûr mais comme il fallait faire vite, Mr Castaner instruisait et souhaitait ouvrir le procès du Sénat.

Il ne manquait pas d’estomac !

Jacques Limouzy

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