Modernité du cléricalisme

Partager sur :

D’un siècle à l’autre, les définitions de la laïcité et du cléricalisme, sans rien perdre de leur substance originelle, font l’objet de compréhensions diversifiées et voient s’étendre leurs domaines dans des directions dont l’obscurité surprend.

Or, l’état général de la pensée à la fin du XIXème siècle était largement différent de celui d’aujourd’hui et la nécessité qui apparut de séparer la République et la religion concerna presque exclusivement la seule église catholique.

D’insignes maladresses et de notables malentendus conduisirent l’Eglise et l’Etat à se définir comme des adversaires. Chacun devait trouver plus tard des excuses historiques à cette situation, qui mit aux prises dans les profondeurs le positivisme militant des uns et un apologétisme renaissant chez les autres.

Aujourd’hui où nous basculons dans un nouveau siècle, il convient de se demander si les civilisations des cent ans que nous venons de vivre ont été déterminées davantage par la réflexion des hommes ou par des comportements d’origine irrationnelle et si le cléricalisme de la belle époque ne s’est pas fait corpusculaire et polymorphe.

Le citoyen français ou la citoyenne française, de tradition chrétienne, d’obédience laïque, mariés sous les lois de la République formant une famille de type conjugal, c’est-à-dire non polygame, prennent l’un et l’autre au fil du temps qui passe, un caractère dont l’archaïsme surprend, car il n’est jamais question d’eux où que ce soit.

Ces citoyens seront de moins en moins certains d’être majoritaires dans une société qui n’assume plus que la promotion de toutes sortes de victimes ou prétendues telles.

Des communautés sectaires, ethniques, sexuelles réclament des droits particuliers et parce qu’elles sont minoritaires revêtent la condition de victimes.

Ce vaste manteau d’Arlequin, constitué par l’addition de revendications sectorielles qui prétendent changer les lois et qui ont commencé de le faire, ne serait légitime que s’il se manifestait sous les auspices d’une quelconque laïcité. Or, c’est tout à fait le contraire puisqu’il s’agit d’une foule de cléricalismes divers et parfois pervers qui nous environnent.

La télévision parce qu’elle est de compréhension immédiate et naïve démontre aisément qu’il doit exister à chaque propos un statut de victime comportant des droits qui ne sont pas ceux de tout le monde.

Les temps sont proches où ceux qui ne pourront se prévaloir d’un quelconque statut et qui n’auront pas les moyens d’intimidation procurés par un chantage sournois ou un fanatisme masqué, deviendront des exclus à rebours et tout normaux qu’ils soient, verront leur destin s’inscrire parmi les anormaux.

Par exemple, l’Islam religion conquérante n’a qu’un défaut, c’est sa capacité de résistance à toute autre culture que la sienne ; en demandant pour lui des droits qui n’existent pas pour les autres confessions, il entraîne ainsi tous les autres communautarismes.

Or, les communautarismes ne sont pas autre chose que des cléricalismes en marche.

Nous n’approuvons certes pas chacune des discriminations positives ou négatives mais nous devons considérer que répondre à la somme de ces discriminations qui sont légion et se reproduiront constamment, fera des gens normaux que nous sommes encore pour la plupart, des ilotes de la société de demain et par conséquent puisque nous serons un solde, les anormaux de la société d’après-demain.

Ceux qui nous menacent sont des clercs d’obédiences corpusculaires parfois contradictoires où chacun veut son droit qui n’est pas celui du voisin.

Le cléricalisme dévastateur se multiplie ainsi à l’infini. Il ronge nos sociétés. Il s’est fait termite.

Jacques Limouzy