Municipales

Le virus de la réforme des retraites guéri en quelques heures grâce à une injection de 49-3, l’épidémie en marche du Coronavirus a accaparé les réseaux d’information en continu. Dans l’actualité, les municipales qui sont aussi à l’ordre du jour dès dimanche ont été quelque peu occultées.

On aurait tort de négliger le poids des maires et de leurs conseils municipaux dans la vie de notre pays, car c’est avant tout localement que nous pouvons vivre et faire vivre la démocratie au plus près du citoyen. Cela, Emmanuel Macron semblait l’ignorer au tout début de son mandat, négligeant la traditionnelle présence du Président de la République au Congrès de l’Association des maires de France, avant de tenter de réparer cette bévue et d’apprivoiser les édiles l’année suivante au cours d’un long discours comme il a l’habitude d’en faire. Il voulait aussi, avec un périple à travers toutes les régions de France sous le titre de « Grand débat », leur marquer son repositionnement. « J’ai besoin de vous », a-t-il même osé, dans un élan de fausse supplique, condamné à la surenchère perpétuelle afin que la propagande continue de mystifier le citoyen.

On le sait, en politique, la communication, c’est au moins la moitié du travail. Faire savoir est au moins aussi important que faire tout court. La « com » est un art, pas tout à fait une science exacte. Un art difficile. Emmanuel Macron a montré qu’il savait faire. Toutefois l’absence de parcours politique de la base municipale au sommet le prive de la réalité vécue par les maires au jour le jour dans les « territoires » (oh ! le vilain mot !) à tous les échelons. Cela se paie cher auprès d’élus trop ignorés comme de citoyens dépités par la méconnaissance de la France profonde, surtout rurale, qui explique l’interminable épisode des gilets jaunes. Ces maires sont amers devant la baisse importante des dotations de fonctionnement qu’ils mendient auprès de l’Etat qui lève l’impôt, et de la suppression d’une partie de la fiscalité locale, comme du transfert obligatoire de certaines compétences aux communautés de communes, dans cet insupportable mille-feuilles administratif. La suppression de certains services publics n’est pas non plus sans conséquence auprès des populations.

Ces élections municipales mettent en avant une certaine France, celle des élus bénévoles enracinés loin des grandes villes, celle du pays réel en face du pays légal, celle pour qui un mandat est un service plus qu’une carrière, devant des habitants qui sont les citoyens consommateurs que nous sommes devenus. Certes, l’échelon communal peut aussi incarner l’abandon de la politique au profit d’un vulgaire marketing électoral ou du souci de certains conseillers municipaux de procurer un emploi à leurs proches. Il me revient à l’esprit ce que les instituteurs du temps de Jules Ferry avaient comme principe de conduite : « bien avec tout le monde ; très bien avec personne ». Il faut être impersonnel pour être efficace.

Ces derniers temps, les médias ont souvent avancé que les candidatures à la fonction de maire se tarissaient, de nombreux élus ne songeant pas à se représenter. Il semble qu’il n’en soit rien, même si dans certains endroits on peine à trouver des volontaires pour boucler les listes. Si la fonction requiert beaucoup de passion, elle procure aussi de vraies satisfactions par la confiance des administrés. L’élu de proximité est à l’écoute des citoyens, de leurs attentes et de leurs préoccupations, comme il est aussi le témoin d’événements importants, parfois dramatiques. François Baroin, le Président national de l’Association des maires de France a défini la fonction : « Etre maire, c’est savoir écouter ».

Les deux attentes majeures des électeurs, d’après un sondage IFOP-Fiducial, sont la sécurité des biens et des personnes (67%) et le niveau des impôts locaux (64%). Ne correspondent-elles pas à deux échecs  de la politique menée par Macron au niveau national ? L’on pourrait facilement faire un recensement des termes ou slogans traditionnels que l’on retrouve à la base des professions de foi électorales : rassemblement, intérêts communaux, concertation, disponibilité, écoute, dialogue, et l’inévitable souci d’une préoccupation citoyenne au premier chef, l’écologie et l’environnement,  choses trop sérieuses pour la confier aux seuls partis dits écologistes.

Certains commentateurs vont jusqu’à affirmer la disparition des différents partis politiques, de ce que LaREM appelle l’ancien monde, avec le témoignage supplémentaire sur les listes de la « société civile », une curieuse expression quasi pléonastique, quand on y pense ! C’est vite oublier qu’il reste le maillage local, qui ne serait pas détruit pour autant, les listes de « sans étiquette », de « rassemblement » ou « divers » avancent un vocable facile qui ne fait pas oublier aux électeurs qui les connaissent la couleur politique de leurs têtes de liste. La politisation à l’ancienne reste, derrière la recherche du moins clivant des dénominateurs communs. La République en marche, avec fort peu de sortants, est en état de faiblesse. « Dans le vent » il y a deux ans, le parti du Président finit par constater qu’être dans le vent, c’est l’ambition d’une feuille morte…

Pierre Nespoulous