Myriam Boyer et Jean Benguigui sortent leurs griffes

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Un mari et une femme qui ne se parlent plus… quoi de plus banal ! En poussant la situation jusqu’au bout de son absurde logique, Simenon transcende la mesquinerie de ses personnages. Ils deviennent des héros tragiquement universels qui iront jusqu’à leur propre destruction. Mais, ce qui nous touche profondément dans cette oeuvre, c’est de voir à quel point cette haine absolue n’est que l’expression d’un immense besoin d’amour inassouvi.

Le milieu social et l’éducation, les opinions et les idéaux, tout oppose Marguerite et Émile. Sur un malentendu, entre raison et intérêt, ils unissent pourtant leurs solitudes.

Mais l’illusion du bonheur fait bientôt place à l’indifférence puis aux ressentiments, jusqu’à ce que le chat de l’un et le perroquet de l’autre, soient les victimes collatérales de la guerre froide qu’ils se déclarent.

Dans les chantiers, la boule de démolition scande la destruction inexorable du Paris des années 60, et dans le quartier populaire de Marguerite et d’Émile, le champ de ruine des maisons ouvrières se juxtapose à celui de leur couple, enfermé dans la haine. Marguerite et Émile ne peuvent pourtant pas vivre éloignés l’un de l’autre….

Pour cette première adaptation théâtrale du roman de Georges Simenon, Didier Long – La Vie devant soi… – s’est entouré de deux remarquables comédiens pour interpréter ces personnages à la fois touchants et détestables.

Contrairement au film, qui raconte l’usure d’un vieux couple, nous sommes restés proches de la situation originale du roman : un jeune couple de veufs qui unissent leurs solitudes sur un malentendu, entre raison et intérêt. Ceci nous permet de traverser avec les mêmes comédiens toutes les étapes de l’évolution de cette histoire, et la palette des émotions qui y sont associées : depuis la rencontre et ses espoirs illusoires, jusqu’à la haine qui attache à l’autre encore bien plus inéluctablement que l’amour.

Vendredi 11 décembre à 21h / Théâtre municipal. Tarif B / places numérotées

De Georges Simenon. Mise en scène : Didier Long, assistant mise en scène : Séverine Vincent, adaptation théâtrale : Christian Lyon et Blandine Stinzy, décors : Jean-Michel Adam, lumières : Gaëlle de Malglaive, musique : François Peyrony. Avec : Myriam Boyer et Jean Benguigui. Artemis Diffusion – Pascal Héritier. Durée : 1h30