NENGO : une initiative internationale d’envergure pour les victimes de violences sexuelles dans un contexte de crise

Inspiré d’un modèle préconisé et éprouvé en République Démocratique du Congo par le Dr Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes », Prix Nobel de la Paix 2018, le programme NENGO (« DIGNITE » en langue Sango) a pour objectif de transformer la souffrance en force chez les victimes de violences sexuelles ou basées sur le genre en Centrafrique. Fondé sur un transfert de compétences entre les acteurs congolais et les acteurs centrafricains, NENGO a également pour objectif de faire de la prévention auprès des populations.

Ce programme de prise en charge globale des victimes est appuyé par l’Agence Française de Développement et mis en œuvre par un consortium de partenaires internationaux, dont la Fondation Pierre Fabre est cheffe de file avec sa double casquette de bailleur et d’opérateur sur le terrain.

NENGO : une prise en charge pluridisciplinaire basée sur 4 piliers pour reconstruire les victimes…

NENGO propose aux victimes de Bangui et des provinces un parcours gratuit, coordonné et complet, grâce à la mise en place d’un « Guichet unique » ou « One Stop Center ». Le programme est construit autour de quatre piliers complémentaires :

• Médical : pour soigner les victimes de viols, d’agressions physiques et de problèmes gynécologiques graves (mutilations génitales, fistules, prolapsus).
• Psychologique : pour soutenir les victimes et les aider à dépasser leurs traumatismes.
• Socio-économique : pour accompagner les victimes vers l’autonomisation en les aidant à mettre en place une activité génératrice de revenus ou en leur donnant accès à l’éducation.
• Juridique : pour aider les victimes à obtenir justice.

Pour le volet médical, le programme s’appuie sur le Centre Hospitalier Universitaire de l’Amitié SinoCentrafricaine (CHUASC). Afin de pouvoir assurer une prise en charge médicale de qualité, le service gynécologie-obstétrique est en cours de réhabilitation. Ces travaux bénéficieront également à toutes les femmes qui viendront pour un suivi gynécologique et obstétrique. Un centre d’hébergement d’urgence ouvrira dans les prochains mois pour pouvoir accueillir les victimes qui nécessitent une mise à l’abri.

La deuxième porte d’entrée du programme est l’association des femmes juristes de Centrafrique (AFJC), un lieu d’accueil et de prise en charge déjà connus des victimes.

Un gynécologue-obstétricien a été détaché de la Fondation Panzi, qui dispose d’une grande expérience dans la prise en charge des victimes de viols de guerre et basés sur le genre, pour appuyer et former les équipes médicales du projet NENGO. Une infirmière psycho-sociale et un psychologue clinicien ont également été détachés de RDC. Une avocate a enfin été détachée sur place par l’Institut Francophone pour la Justice et la Démocratie pour appuyer l’équipe juridique. La Fondation Pierre Fabre a quant à elle détaché le responsable administratif et financier ainsi que le logisticien du projet.

Depuis le démarrage des activités fin 2020, près de 300 victimes ont déjà intégré le parcours de soin etco mmencé à bénéficier d’une prise en charge.
Les résultats obtenus en RDC voisine montrent l’intérêt de cette démarche globale, qui permet de soigner les victimes, de les aider à se reconstruire de
façon pérenne, obtenir justice et réparation et, enfin, reprendre leur place dans la société. « Ce qui est remarquable, c’est la capacité de ces femmes à
recommencer une nouvelle vie, à se réinsérer, à avoir des activités, y compris économiques, pour subvenir aux besoins de leurs enfants, à créer leurs propres entreprises ou aller à l’école. », souligne le Dr. Mukwege.

Selon l’OMS, 35% des femmes dans le monde indiquent avoir été exposées à des violences physiques ou sexuelles au moins une fois dans leur
vie. « La souffrance des victimes est universelle et le modèle que nous avons développé l’est tout autant. Ce modèle holistique permet aux femmes de
restaurer leur dignité. », explique le Dr Mukwege.

… Avec des actions de sensibilisation et de prévention destinées à la population

Le programme participe également à la prévention des violences sexuelles et basées sur le genre. Les activités de sensibilisation ont démarré dans les lycées et certains quartiers de Bangui : ils visent le changement de comportements ainsi que l’information et l’orientation des victimes vers les services
existants. L’association des femmes juristes de Centrafrique organisait à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes du 8 mars, une journée de sensibilisation et d’information.

Les violences sexuelles et basées sur le genre en Centrafrique

Du fait d’une grave crise politique et sécuritaire sévissant depuis 2012, la population Centrafricaine, est exposée à plusieurs formes de violences : violences sexuelles, qui visent à terroriser et « punir » les populations civiles, violences domestiques, exploitation sexuelle ou encore les mariages forcés.

47% des incidents documentés en Centrafrique relevaient de violences basées sur le genre en Centrafrique et 35% étaient des viols . Ces chiffres
alarmants ne prennent pas en compte l’ensemble des victimes. La crainte d’être stigmatisée, l’absence d’information sur les initiatives de soutien mises en place, le manque de moyens financiers et l’impunité connue des auteurs de ces violences sont des facteurs qui découragent les victimes dans la recherche d’assistance.

En 2019, 19% des cas de violence basée sur le genre (VBG) enregistrés concernaient des viols, et 81% des violences signalées étaient le fait d’un partenaire intime. En 2020, les VBG augmentaient encore de 17% par rapport à 2019.

Les VBG sont donc nombreuses, qu’elles soient directement liées au conflit ou résultent de ses conséquences sociales. Si rien n’est fait aux niveaux collectif et individuel, leur fréquence et leur gravité risquent de s’accroître encore dans l’avenir. Dans un contexte où les besoins en matière de réponse et de prévention aux cas de VBG demeurent un gigantesque défi, le Projet Nengo a vocation à lutter contre ce phénomène en portant assistance aux victimes et en contribuant à prévenir la survenue des VBG en leur permettant d’accéder à des soins holistiques de qualité, selon un parcours coordonné, accompagné et complet localisé au sein du CHUASC et de l’AFJC à Bangui.