Nos crèches et la polémique

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L’année dernière, à l’approche de Noël, c’était une crèche installée dans une gare par des cheminots SNCF qui avait défrayé la chronique, les agents ayant été contraints de renoncer à ce qui était pour eux une tradition depuis plus de dix ans.

Cette année, le Tribunal Administratif de Nantes a exigé du Conseil Général de Vendée, terre que l’on sait profondément catholique, de retirer la crèche installée dans son hall d’accueil. Par contre, le Tribunal Administratif de Montpellier, lui, n’a pas donné suite à la plainte de la Ligue des droits de l’Homme visant à faire retirer la crèche que le Maire de Béziers Robert Ménard avait installée dans le hall de sa mairie. A Melun aussi, une crèche a été la cible de la Libre Pensée cette fois. Les exemples se multiplient. A chaque fois, l’argument est le même : la laïcité, pour ceux qui ont fait de l’athéisme politique un dogme et une arme anti-chrétienne, au lieu d’un outil de pacification politique et sociale.

Vous l’avez compris. Avec cette problématique, nous sommes à la frontière entre le monde du culturel et du cultuel. J’estime qu’en France, par notre Histoire, par notre culture judéo-chrétienne, ces deux notions s’entremêlent et sont indissociables l’une de l’autre. Je ne renierai pas ce qui fonde l’identité française, mon identité, pour le plaisir de quelques terroristes de la pensée.

C’est donc la Ligue des droits de l’Homme  qui a demandé à la Justice de retirer une crèche. C’est à peine croyable de lire cette précision ! Surtout quand on sait que ces gens seront en congé le 25 décembre et profiteront des “ vacances de Noël” ! Mais, bientôt, les crèches seront rangées jusqu’à Noël prochain. Après la crèche, ces braves gens risquent de s’en prendre au sapin et aux bougies. Déjà, c’est limite si on a encore le foie gras ! Faudra-t-il aussi, dans les jours prochains enlever la couronne des rois mages de la galette des rois ? Et, à Pâques, feront-ils un référé en justice contre les œufs ?

Les Français sont agacés par tous ces “  bien-pensants  ” qui n’apportent rien de concret et détruisent de façon systématique les traditions et les fondements d’une société multiséculaire. J’ai lu dans un quotidien le témoignage d’un athée convaincu que cela ne dérangeait nullement puisqu’il n’y a dans la crèche aucun élément véhiculant une haine quelconque mais plutôt un tableau pacifique voire idyllique. Et il ajoutait : “Si quelques coincés sont perturbés par cela, qu’ils regardent du côté de Kim Kong Un. C’est tellement drôle, la vie, chez lui !”

L’Etat doit être laïc, oui. Les Français ont chacun leurs convictions et n’ont pas à les imposer aux autres, sachant toutefois qu’on peut passer devant un crèche et garder sa liberté. Sinon, que ferions-nous des chapelles, des croix aux carrefours, des statues qui maillent nos campagnes, voire même de nombreux tableaux et représentations qui ornent nos musées ?

J’ajoute que les musulmans (les vrais) vont être contents que Jésus (Aïssa dans la Bible, prophète de l’Islam) et sa mère Maryam (une des femmes les plus vénérées) soient ainsi célébrés fût-ce auprès des administrations françaises. C’est cette explication, sans doute, qui justifie l’avis de Tarik Ramadan, généralement peu tendre avec les comportements des Français, qui vient d’affirmer que ces affaires de crèche ne le choquaient absolument pas. Et puis, dans quelques jours, monsieur Ménard ne pourra-t-il pas réserver à la mairie de Béziers, et sans discrimination, le meilleur accueil aux trois “ migrants ” venus d’Orient : le jeune Gaspard aux traits asiatiques, Melchior au teint clair et ce bon vieux Balthazar à la peau noire ?

Nous sommes d’une culture gréco-romaine et judéo-chrétienne. Nous sommes une civilisation marquée par ces racines ; cela fait partie de notre Histoire, de nos traditions. Vous pouvez changer les lignes de vos frontières, mais pas nos âmes. Sinon, on a l’impression d’être dépossédés de ce qui nous appartient en propre… Même depuis la loi de 1905, régulièrement invoquée par des athéistes prosélytes, ces manifestations aux fondements religieux, correspondant à des habitudes fort anciennes, ont toujours été admises dans l’espace public  : pensons aux processions et autres cérémonies du même ordre. Et cela, la loi de 1905 ne l’interdit pas explicitement. Et puis la crèche représente une étable, des bédouins, un couple, un nouveau-né, des animaux de la ferme, de la paille. Pas de croix, pas d’apôtres, pas de prêtre… Combien de fois ce tableau bien pacifique, cette image pleine de poésie, a inspiré nos plus grands peintres !

Pierre Nespoulous