« Notre Dame de Paris est un trésor exceptionnel de l’humanité »

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Tout un chacun attendait ce lundi la parole de l’oracle, censée mettre fin au fameux « débat national » qui ne fut qu’un long monologue. A la dernière minute, une douloureuse actualité relégua au second plan les problèmes politiques du jour, avec le brutal incendie de la cathédrale Notre Dame de Paris.

Joyau de l’architecture médiévale, ce trésor défiguré a provoqué des mots revenus en boucle : « irréel », « cauchemardesque ». Face à cet événement hors normes qui bouleversa tout l’agenda présidentiel, Emmanuel Macron a déclaré : « Il faut respecter un temps de recueillement et avoir la responsabilité qui s’impose dans ce moment de grande émotion nationale ». Car c’est bien une grande émotion nationale qui s’est manifestée, le Président remettant à plus tard son intervention et la campagne des européennes semblant en coma dépassé. Ce drame nous ramène à la précarité de notre condition : le Président qui était au cœur de l’actualité s’efface devant la grande dame.

Les moyens modernes de communication firent qu’aussitôt, dans le monde entier, quiconque a pu suivre, en boucle, à la télévision, la propagation du sinistre, la chute de la célèbre flèche en flammes et les efforts méritoires des sapeurs-pompiers de Paris. Ceux-ci aboutirent, à l’issue d’une nuit de tous les dangers, à la sauvegarde de l’essentiel de la structure du bâtiment. Le feu dantesque est maîtrisé et Esmeralda est sauve.

A Saint Petersbourg, le musée de l’Ermitage a mis sn drapeau en berne. Tous les grands de ce monde, de Trump à Poutine, sont aussitôt intervenus avec la manifestation de leur sincère émotion, comme le président chinois Xi Jin Ping déclarant : « Notre Dame de Paris est un symbole important de la civilisation française et un trésor exceptionnel de l’humanité ».

Ni les révolutions ni les guerres n’avaient jusqu’à présent réussi à atteindre le cœur sacré de Notre Dame de Paris, ce monument que les plus grands ont célébré, Chateaubriand, Balzac, Hugo, Nerval, Claudel et bien d’autres. Lundi, a été réduite en cendres l’une des plus anciennes charpentes de France, représentant 800 tonnes de bois de chêne, soit vingt-quatre hectares, une bonne partie remontant à 1160. Ce XXIème siècle, si sûr de lui et du progrès, a vu cette charpente s’écrouler !

Alors, comme si une nation entière se sentait un peu catholique, même ceux qui ne le sont pas, ce tragique sinistre semble avoir soudé dans une Union nationale nos populations, si souvent divisées, chacun y allant, à juste titre, de son message. J’ai personnellement été touché par un des plus éloquents, celui de Jean-Luc Mélenchon, et voire surpris du spectacle, quand sur l’esplanade madame Hidalgo embrassait l’archevêque de Paris ! L’émotion ressentie lors de ce sinistre a fait comprendre, je crois, au monde entier que Notre Dame est avant tout le symbole de la France (n’est-ce pas le point zéro d’où part le kilométrage de nos routes ?) sans doute son symbole le plus important car le plus ancien, le plus imposant et le plus vénéré tout au long de son Histoire. Symbole des origines chrétiennes de la France et de l’Europe, il met au premier rang cet héritage dont nous sommes dépositaires. Et si la France, dans son laïcisme sectaire, prenait conscience de ce qu’elle est ? La République, bout à bout, c’est à peine 157 ans, soit deux vies humaines. Notre Dame de Paris, plus de trente générations : 850 ans ! C’est « l’âme de la France » a dit Anne Hidalgo …

Cette cathédrale a vu les Parisiens veiller le corps du roi Saint Louis, mort à Tunis, organiser les premiers Etats Généraux avec Philippe le Bel, célébrer les mariages de François II, Henri IV et Napoléon III ainsi que le sacre de Napoléon Ier, les cérémonies de Te Deum à l’occasion des victoires de 1918 et 1944 avec Clémenceau et de Gaulle, les obsèques de Georges Pompidou ainsi que des offices funèbres pour Charles de Gaulle et François Mitterrand.

La nation s’est ressoudée autour d’un de ses principaux symboles, alors que même des personnes non croyantes parlaient de « perte de repères ». Il faut cette occasion dramatique pour que les Français prennent conscience que la France a une Histoire et remettent, comme le dit l’expression populaire, « le clocher au centre du village »… La France prendrait-elle enfin acte que la fidélité à son passé est une condition viscérale pour construire une société plus humaine et plus juste ? Pourvu que cette prise de conscience perdure… Puisse ce drame collectif toucher notre nation en profondeur !

Pierre NESPOULOUS