« Nous sommes en guerre »: la rhétorique guerrière d’Emmanuel Macron face au coronavirus

"Nous sommes en guerre". Ces mots ont été prononcés, à sept reprises, par Emmanuel Macron ce lundi 16 mars.

« Nous sommes en guerre » a répété à six reprises Emmanuel Macron dans sa dernière allocution. Malgré ses hésitations, malgré la forme décevante de sa prestation littéraire, c’est lui qui est en charge de cette « guerre » et surtout de ses conséquences. La rhétorique guerrière du Président vise  à démontrer la gravité de la situation et l’absolue exigence d’unité nationale pour lutter contre la pandémie du Coronavirus. Car ce qui est en train de se passer est beaucoup plus grave que ce qu’on imaginait au départ. Le 6 mars dernier, le Président se rendait ostensiblement au théâtre pour montrer l’exemple : « Il faut vivre comme avant ! ». Agnès Buzyn, ministre de le Santé à l’époque, n’avait-elle pas déclaré le 21 janvier 2020 : « Le risque d’introduction du virus en France est faible ». Rappelons-nous que l’Organisation Mondiale de la Santé décrétait l’urgence le 30 janvier, sans suite. Une crise sanitaire majeure était donc prévisible dès le mois de janvier. Epargnons à nos gouvernants la liste de leurs contradictions. Alors qu’ils avaient l’exemple de la Chine et, ensuite, de l’Italie, ils ont mis du temps à saisir l’ampleur de l’épidémie.

S’il y a eu un sentiment de flottement et d’attente, c’est qu’Emmanuel Macron a semblé avoir peur de prononcer le mot que tout le monde attendait, laissant le soin de le faire au Premier ministre Edouard Philippe : confinement strict et généralisé. De telles mesures très rigoureuses doivent, aux yeux des experts, ralentir, voire stopper à terme, le développement du virus, l’exemple de la Chine semble le montrer. Plus près de nous, après l’Italie, l’Espagne est placé en quarantaine quasi-totale.

Selon les dires mêmes du Président Macron, nous sommes confrontés à une crise sanitaire sans précédent. Dès lors, il est normal et légitime que l’Etat joue son rôle et prenne toutes les mesures nécessaires pour préserver la santé de la population. L’épidémie évolue vite, elle se généralise et surtout elle n’est absolument pas maîtrisée. Même le citoyen le moins informé sur les sujets de la santé et de l’épidémie a compris les prescriptions et les interdictions formulées par le Premier ministre et expliquées techniquement par les médecins experts et le directeur de la Santé. Il faut que nous acceptions de taire temporairement nos colères et nos méfiances. Rester confiné est l’effort demandé à chacun, dans l’espoir de surmonter la crise, la sécurité sanitaire de notre société passant par la discipline individuelle. Est irresponsable l’attitude de gens qui se réclament de la liberté individuelle pour ne pas appliquer les consignes. Au lendemain des mesures de restrictions majeures et de « distanciation sociale » proclamées par le Premier ministre, la foule était encore dehors : un défaut de civilité qui n’est pas sans lien avec les injonctions contradictoires de l’Etat.

Et l’Europe ? Pourquoi cette impression que, face au virus, les pays d’Europe veulent s’isoler ? Pour conjurer sa transmission, une à une, les frontières se ferment à l’intérieur de l’espace Schengen. C’est un réflexe. Ces pays refusent cette Europe technocratique qui n’a pour ressort que la loi du marché et remplace le débat démocratique par l’imposition de directives sur des sujets mineurs. Ils montrent qu’est possible une autre Europe que celle dont Emmanuel Macron se veut le chantre et qui ne prive pas les Nations de leur souveraineté, une Europe des alliances librement consenties et ne renonçant pas à son âme et à ses racines. Cela aussi, il faudra sans doute en reparler après le passage de cet ennemi invisible. Il y a quelques mois, Emmanuel Macron nous faisait peur avec la « peste nationaliste », celle du Rassemblement National, qui réclamait la fermeture des frontières. Les autres y sont venus avant nous, l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne notamment ! Si au moins cela pouvait aussi faire comprendre que la solidarité européenne est une imposture et que seule la souveraineté des Nations a un sens…

Soyons honnête. Personne ne l’avait anticipé, ce scénario bien réel. Ou alors ceux qui l’ont fait n’ont pas parlé assez fort. Ou nous ne les avons pas entendus, ce qui est pire. L’heure est à convaincre les Français de la gravité de la situation sanitaire. La politique sévère qui va devoir être assumée et respectée par tous est une rigueur qui nous veut du bien. Une guerre à gagner tous ensemble. Il sera temps, après, de commenter, voire de critiquer des lacunes comme l’absence du principe de précaution qui  a abouti à un manque de masques et de gel antibactérien, sans oublier la dépendance avec la Chine pour la fabrication de médicaments. Principe de précaution direz-vous ? Souvenez-vous. C’était en 2009, Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, avait essuyé quolibets et railleries pour sa gestion du virus de la grippe H1N1, avec la commande d’un stock considérable de vaccins, qui n’eut pas l’usage prévu, l’épidémie n’ayant pas l’ampleur annoncée. Elle affirma qu’on ne pouvait pas « jouer à la roulette russe avec la santé des Français ». Onze ans près, on la comprend !

Lorsque la crise sanitaire sera vaincue et qu’il faudra affronter, sans aucun doute, une crise économique, il faudra impérativement faire l’état des lieux de la France post Covid19 (nom officiel du Coronavirus qui nous préoccupe) sans se contenter de passer l’éponge. Mais c’est l’heure de l’union sacrée.

Pierre Nespoulous