Nouvelles du « Caillou »

Les médias « mainstream » présentent une affligeante pauvreté du traitement de l’information, accaparée par les Zemmour, Covid et la 5ème vague, Pécresse, Hulot et ses frasques, voire la détresse d’Hidalgo. De nombreux Français n’ont guère été informés qu’un référendum se déroulait dimanche en Nouvelle Calédonie, le sort de ce territoire semblant laisser les médias indifférents. C’était pourtant un nouveau référendum d’autodétermination, le troisième en trois ans, proposé aux électeurs du « Caillou » sur l’indépendance de l’archipel. Ce fut, dans la passé, deux fois « non ». C’est la nouvelle démocratie. Si la réponse ne satisfait pas, on repose la question…

Déjà celle-ci n’était-elle pas biaisée ? Généralement, à un référendum, on sollicite un « oui ». Elle aurait pu être : « Voulez-vous que la Nouvelle Calédonie demeure une collectivité de la République Française ? ».On a préféré proposer un « oui » à la libération de ce territoire de la tutelle de la République Française, avec la formulation : « Voulez-vous que la Nouvelle Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? ». Et le résultat a été un « non » très clair. Mais il a fallu qu’Emmanuel Macron, qui avait déclaré lors de sa dernière conférence de presse : « La France serait moins belle sans la Nouvelle Calédonie », le remette en cause, songeant au niveau élevé de l’abstention, en apôtre du « en même temps », par une formule amphigourique et fielleuse : « une période de transition qui libère de l’alternative binaire entre le oui et le non et doit nous conduire à un projet commun ». Quand il a gagné le élections en 2017, il n’a pas dit qu’il fallait se « libérer d’une alternative binaire » alors qu’il n’avait été élu que par 16 % des inscrits !

C’est déjà une longue histoire. Avant même d’accéder au pouvoir lors du virage de 1981, les socialistes – Macron n’avait pas encore adhéré au PS puisqu’il n’avait que quatre ans – s’étaient prononcés en faveur de la sécession. Depuis ils n’ont cessé d’encourager les indépendantistes, dont la stratégie consiste précisément à dresser les communautés ethniques l’une contre l’autre, le FLNKS étant le Front de Libération Kanak Socialiste. Lionel Jospin alla même, au titre des propositions farfelues, jusqu’à envisager l’instauration d’une démocratie à géométrie variable, sorte de « suffrage racial » contraire aux lois de la République, avec deux collèges différents pour les blancs et les noirs, lui qui à l’époque contestait vivement les lois d’apartheid en Afrique du Sud ! Quant à ceux qui voulaient n’accorder le droit de vote qu’aux seuls Kanaks en vertu du droit du premier occupant, on les renvoya conseiller aux Australiens le vote des seuls Aborigènes et aux Américains celui des seuls Indiens.

Derrière les 96,49 % en faveur du non à l’indépendance, se cache une forte abstention. Les Néo-Calédoniens l’ont choisie (chez nous, c’est dans l’air du temps) pour plus de la moitié. Le nier, comme le fit le pouvoir exécutif, c’est se heurter à un mur pour la suite. Ce territoire ne peut exister indépendamment tant qu’il n’y a pas unité dans la population. Concrètement, la « Nation » Calédonienne n’existe pas. Il y a deux peuples sur un territoire. Certes, me dira-t-on, les Mélanésiens représentent 40 % de la population, ce qui est loin d’être négligeable. Mais sont-ils tous ,ces 40 %, partisans de l’indépendance, ces gens qui ont porté l’un des leurs à la présidence du gouvernement local selon les lois de notre République ? Et s’ils ne se parlent pas, s’ils ne trouvent pas un statut qui soit majoritairement approuvé par les deux communautés, ce référendum à répétition sera un  échec.

Tous ce territoires dits « d’outre-mer » plutôt minuscules à l’échelle de la planète,  ne peuvent absolument pas ne dépendre de personne pour des raisons économiques évidentes. Ils sont l’objet de convoitises et de spéculations de grandes puissances, rêvant de les annexer avec plus ou moins de tact. Dans le cas de la Nouvelle Calédonie, le choix pourrait se faire entre la France, la Chine et l’Australie (donc les USA). Etant  donné que la France a une présence historique forte, qu’elle offre une couverture sociale la meilleure du monde, qu’elle offre un niveau de liberté qui n’a rien à voir avec ce qu’offre la Chine, les Kanaks confirment leur choix. Il y a des mariages d’amour et des mariages de raison… Sans doute, la Nouvelle Calédonie fait le choix du porte-monnaie. En attendant une autre voie, née en 2019, avec un nouveau parti « L’éveil océanien », celle du « non, pas maintenant ». Son Président, Milakulo Tukumuli, affirme : « Nous n’avons pas la capacité d’assumer notre souveraineté… mais c’est une question de temps ». Et cela nous permet de continuer à dire que le Soleil ne se couche pas sur la France, avec les quatorze territoires que nous avons autour de la planète…