On continue, on ne change rien…   

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A l’origine, sans doute parce qu’il surgissait à l’issue d’un conflit atroce, le projet européen était un projet de coopération naturel entre pays libres désireux de travailler ensemble dans le cadre d’une réconciliation. Aujourd’hui, est-il devenu un projet messianique d’abolition des frontières et d’arasement du fait national ? Emmanuel Macron s’est longtemps fait le chantre de cette conception. Il n’est pas étonnant que, contre cette évolution, on enregistre un sursaut, et pas seulement en France, les élections du Parlement européen de ce dimanche en sont le témoignage.

Même si l’on se réjouit d’un progrès de la participation avec un chiffre supérieur à celui des précédents scrutins européens, il est bien triste de voir une nouvelle fois de très nombreux Français abdiquer le droit de participer à la vie politique du pays, avec près de 50 % d’abstentions. Cela appelle une autre constatation, celle que le militant politique classique n’existe plus, celui qui se lève tôt le matin pour coller des affiches, qui va se faire rabrouer sur les marchés quand il distribue des tracts, qui sert de petite main pour organiser des meetings. La publication bien tardive de certains programmes qui n’intéressent personne confirme que tout se passe dans les derniers jours, à la télévision et sur les réseaux sociaux.

Autre constatation : Emmanuel Macron entendait mobiliser la population afin de transformer cette élection en une sorte de référendum : « Moi ou le chaos ». Son ego démesuré l’a poussé à relever ce défi. Les Français l’ont entendu : sa liste a perdu. Certes il sauve les meubles, malgré la campagne burlesque de sa candidate Nathalie Loiseau, remplacée sur les affiches de campagne par un Président – prétendument Président de tous – dont l’implication à ce niveau ne s’était jamais vue.

Les partis traditionnels ont été les victimes de cette bipolarisation. A gauche, Jean-Luc Mélenchon  voit son rêve d’une France Insoumise, première force d’opposition, apparaître désormais bien lointain. Le PS historique incarné par Benoît Hamon sauvera avec ses 3 % le remboursement de ses frais de campagne. Et malgré une nouvelle tête, celle de Raphaël Gluksmann, naguère soutien de Nicolas Sarkozy, le Parti socialiste lutte pour exister. Le Parti Communiste, incarné par Ian Brossat, poursuit son agonie.

La droite, quant à elle, longtemps composée d’électeurs ayant honte de se dire de droite, met en lumière un constat : l’incapacité à comprendre que le Rassemblement National, alors FN, a été un caillou dans sa chaussure, instrumentalisé par une bête politique du nom de François Mitterrand. Le FN devint une sorte d’assurance-vie électorale pour la gauche, dont a aussi bénéficié en 2017 Emmanuel Macron, qui fait tout pour maintenir cet avantage en vue de 2022. Héritier de l’alliance RPR-UDF (il y a plusieurs demeures dans la maison du père) si efficace naguère, le parti Les Républicains a perdu de son efficacité au fur et à mesure du délitement de sa coalition, sabordée naguère avec l’UDF par François Bayrou et aujourd’hui par l’aigreur déçue du fondateur de l’UMP lui-même, Alain Juppé, mauvais perdant. Est-ce ingérable ? Encore faudrait-il que certains jettent le masque de « néo-libéraux sociétaux » pour qui l’identité nationale et l’immigration sont de gros mots. A cela s’ajoute que laREM est un parti de centre droit et de centre gauche « en même temps », agglomérant en outre beaucoup d’opportunistes aux vestes réversibles. Dans ce domaine la représentation parlementaire du Tarn n’est pas en reste !

Ce duel pour la première place, voulu et perdu par Emmanuel Macron, ne changera en rien la politique intérieure voulue et mise en place par le Président de la République. Ce fut annoncé dès le soir même du scrutin par l’inénarrable porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye : « On continue, on ne change rien ! » Peu importe le message européen, lequel ne se joue pas de toute façon au niveau national mais bien à Bruxelles dès cette semaine. Cette élection n’est une victoire pour personne. Et surtout pas pour la France. Comment gérer la suite des événements ? Jupiter va pouvoir poursuivre sans encombre son parcours et continuer de donner des leçons de démocratie à la terre entière. Et puis, tout peut bouger très vite : c’est sans doute la leçon de l’Histoire récente…

Pierre Nespoulous