Pardon ou merci ?

Le pouvoir colonial est-il haïssable et sommes-nous compétents pour en juger ?

Nous devrions cependant être parfaitement informés sur la question, car la France fut colonisée alors qu’elle était la Gaule et que les futurs Français ont vu durant plus de quatre siècles leur destin se former et leur société s’établir sous la houlette de Rome dont la position de colonisateur reste exemplaire puisqu’elle fit que les habitants de notre pays devinrent des « Gallo-Romains ».

Rome colonisatrice nous légua son droit, les règles de la vie municipale, la pratique de l’art, le sens de l’universel au point que personne ne conteste plus la marque qu’elle a laissée dans nos lois, dans nos mœurs, tout au long de notre parcours historique.

Durant près de quatre siècles, nous reçûmes de Rome la pratique de notre future unité politique et administrative, le sens de la sécurité quotidienne et la faculté de comprendre les bénéfices apportés par le progrès technique.

Que ceux qui portent aujourd’hui, avec une déplorable imprudence, un jugement négatif sur la présence française outre-mer de cette héritière de Rome qu’est la France, se souviennent que toute action colonisatrice fut toujours pour elle une action civilisatrice et que les exemples à cet égard ne se comptent plus.

Et cependant aujourd’hui, l’une des préoccupations majeures d’une nation qui se trouvait dans un espace divisé et anarchique entre l’empire du Maroc et la régence beylicale de Tunis semble être l’exigence de recevoir de la France un pardon qu’elle estime justifié alors que son existence même comme état et comme nation doit tout à la France.

Ce n’est pas parce que la mutation nécessaire s’est mal passée que les antériorités de l’Algérie d’aujourd’hui doivent s’effacer.

On doit penser, pour que les rapports deviennent normaux et peut-être fructueux entre nos deux nations, que l’Algérie doit faire son deuil du pardon qu’elle exige alors que, de la même façon, nous faisons le nôtre du merci qui ne viendra pas.

Jacques Limouzy