Popo et Zizi animateurs

Mon Oncle,

Accélérer un mouvement, secouer des indolences trop naturelles, apporter la vie et l’ardeur aux inévitables passivités humaines, telles sont quelques unes des innombrables tâches des animateurs.

Mais si ces tâches paraissent incomparables, leur amplitude est si vaste qu’elle s’accompagne toujours d’une imprécision notable sur leur utilité.

Ainsi, voit-on des animateurs oeuvrer là où ils sont indispensables, exister là où ils ne sont qu’occasionnellement utiles et s’agiter là où ils se révèlent déplorablement encombrants.

Cette absence de clarté entourant les fonctions d’animateurs doit beaucoup à leur position de supplétifs qui les place en seconde ligne de toute activité humaine où ils deviennent assistants, porte-cotons, thuriféraires, bref titulaires d’une sorte de charge de haute domesticité.

L’Education nationale et la jeunesse ne manquent pas d’en faire à l’occasion une consommation toujours remarquée.

En effet, lorsque l’Administration se fait lointaine et anonyme, lorsque les maîtres ont quelque peine à se faire obéir, l’accompagnement nécessaire des hommes tout comme le contrôle du cours des choses se trouvent livrés aux animateurs.

Je voudrais, Mon Oncle, vous rendre sensible à l’exemple de deux d’entre-eux que j’ai eu l’occasion d’observer et qui sont connus de leur entourage sous les pseudonymes attrayants de Zizi et de Popo.

Il s’agit d’êtres glorieux, propres surtout à animer le néant, encore n’en tirent-ils sans complexe que le minimum.

Hirsutes, bavards, chicaneurs, Zizi et Popo sont d’autant plus pénétrés de la réalité de leur fonction que celle-ci n’en est pas une. Il faut dire, que ce qui bout en permanence dans la marmite sociale, dégage une écume d’égarés, de plaisantins, d’inaptes, d’indolents ou d’inadaptés, marmite dans laquelle, quelques-uns de ceux qui possèdent un vernis de savoir, une ombre de compétence, quelques talents de société et un zeste de bouffonnerie sont retenus pour d’aimables stages généralement brefs, à l’issue desquels ont les décore de la qualification d’animateur.

La cohorte des animateurs s’identifie avec aisance grâce à son aspect uniformément déguenillé.

Les intéressés vivent parfois dans d’obscurs galetas en concubinages, souvent collectifs, avec des demoiselles qui se lavent peu, s’enveloppent de nuages de tabac gris, hantent des sectes intellectuelles confidentielles et peuplent les cénacles de l’ultra-gauche d’une présence faite d’amertume sociale et de programmes écolo-phalanstériens tout à fait irréalisables.

Zizi et Popo tout bons bougres qu’ils sont, ne manquent pas d’être affectés dans leur équilibre et leurs propos par un monde extérieur fictif, largement nocturne, vaguement nauséeux et chargé d’indignations utopiques.

Zizi et Popo, sous-diacres de l’enseignement, sont assez populaires auprès des grands élèves dont ils sont les vagues encadreurs et les compagnons un peu crasseux. Aussi les traitent-on avec familiarité tant ils remplacent avec succès les animaux de compagnie dont l’absence a toujours été déplorée dans les établissements scolaires.

Les crédits de l’Etat, des Départements et des Communes entretiennent les cohortes animatrices à travers d’obscurs virements comptables.

C’est dire, que Zizi et Popo gagnent peu mais coûtent cher. Un enseignant robuste devrait aisément en remplacer sept ou huit en échange d’un treizième mois et d’une prime de vacances. Mais notre société tient à donner à chacun une condition surtout s’il est inapte à l’assumer et plus encore si le poste créé pour cela ne sert à rien. Elle a ainsi conscience de faire son devoir.

Il reste qu’en échange des déplorables exemples qu’ils donnent, quelques uns apprennent beaucoup au contact des enfants qui, encore proches de la nature, trouvent parfois avec succès les moyens d’animer les animateurs.

Naturellement, Mon Oncle, ce portrait ne concerne que les excessifs d’une profession singulière où l’on veut croire qu’il reste encore quelques bons sujets.

Patouillard