Pour l’indépendance du peuple algérien

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Le 2 avril 2019, vingt ans après son accession à la présidence de la République algérienne, Abdelaziz Bouteflika renonçait à briguer un cinquième mandat et décidait de quitter le pouvoir. Le parcours de cet homme est exemplaire de ce dont le peuple algérien cherche à se libérer aujourd’hui : la corruption et l’amnésie. 

En 1981, Bouteflika, avait déjà quitté la scène politique, traduit devant le conseil de discipline du FLN, poursuivi par la Cour des Comptes pour un détournement de plus de 9 millions d’euros déposés sur des comptes en Suisse, pompés sur le réseau des chancelleries algériennes dont il avait été le ministre depuis 1963. C’est dans les Alpes que cet allié de Boumédiène s’exilera, pour une traversée du désert qui se poursuivra jusqu’en 1998. Ayant effacé les souvenirs de ses méfaits, Bouteflika se fit élire à la présidence de la République algérienne, en avril 1999.

À l’image de son ancien président, l’Algérie est corrompue depuis l’Indépendance. Le système FLN, rendu fou par la rente pétrolière et gazière (1), a engraissé ses apparatchiks au dépend du développement du pays. Ce système, que les puissantes manifestations du vendredi appellent à dégager, avait même réussi à corrompre le peuple en achetant la paix sociale.

Subventionné, le peuple était devenu aboulique par une incroyable amnésie collective, imposée par l’histoire de la geste révolutionnaire qui tentait de faire croire que toutes les calamités de l’Algérie procédaient de la colonisation française. L’arabisation forcée de la fin des année 80 n’a jamais fait qu’accroitre ses malheurs, en imposant une langue qui, bien qu’étant celle du Coran, n’est pas le véhicule quotidien de la pensée, des émotions et de l’espoir pour ceux qui s’expriment en darja, en tamazight, et toujours en français. Cette décision fabriqua une vague d’analphabétisme chez ceux qui étaient les moins privilégiés, la grande masse, le système n’ayant pas la capacité d’adapter l’ensemble des enseignements en arabe littéral.

En 2005, quand Jacques Chirac proposa un traité d’amitié à Bouteflika, pensant à ce que de Gaulle et Adenauer avaient fait pour réconcilier la France et l’Allemagne, le président algérien répondit par une demande de repentance de la part de la France. Ce traité attend toujours, alors que les Français et les Algériens ont besoin de se considérer avec bienveillance. Et depuis, Bouteflika a réitéré cette demande jusqu’à la désobligeance, pour mieux cacher les insuffisances et les dérives d’un régime et d’un système qui avait fait oublier ses propres turpitudes.

Le réveil du peuple algérien est donc une bonne nouvelle. La puissance de la rue, après avoir fait partir Bouteflika et son clan, a réussi à faire repousser une élection présidentielle qui, initialement programmée pour mi avril, ne se tiendra pas le 4 juillet. Ainsi en a décidé le Conseil constitutionnel algérien.

Samedi dernier, une centaine d’organisations de la société civile et de partis d’opposition ont adopté une déclaration commune et ont appelé à une transition politique, de six mois à un an, ainsi qu’à la nomination d’une commission indépendante pour organiser les élections.

L’Algérie n’est pas seulement grande par sa surface, elle l’est aussi par ses ressources dont l’exploitation aurait du être réinvestie dans le développement. En 2015, Le matin de l’Algérie dénonçait le fait que l’administration Bouteflika a dépensé 8000 milliards de dollars, c’est-à-dire le PIB annuel de l’Allemagne, la Russie et la France réunis sans que l’on ait réduit ne fût-ce que d’un pour cent, la dépendance aux hydrocarbures, (qui représente toujours 98 % de recettes), ni édifier une industrie moderne et une nouvelle agriculture qui eussent pu donner du travail et nourrir les Algériens, en l’absence du pétrole (2).

Il faut donc soutenir le peuple algérien dans son réveil, pour qu’il accède enfin à son indépendance, volée depuis 1962 par un parti révolutionnaire qui l’a subjugué.

Richard Amalvy

(1) Richard Amalvy, « Vive l’Algérie, libre ! » in La Semaine, 1er mars 2019.

(2) Mohamed Benchicou, Bouteflika a organisé la faillite de l’Algérie, in Le matin de l’Algérie, 31 juillet 2015.