Préoccupant…

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Le 9 avril 2018, au Collège des Bernardins, Emmanuel Macron faisait l’apologie de « cette liberté de parole qui interpelle les consciences et laisse libre ». Comment croire ce beau discours ? Dans les faits, avec un Président qui prône le débat (encore que le fameux « Grand débat » ne fut qu’un long monologue aux nombreux épisodes), les troupes de La République en Marche, tout heureuses de leur nouvelle gamelle, si elles lui servent la soupe dans le pire style des panégyriques romains, elles n’admettent pas d’instaurer un dialogue tolérant.

Cette semaine nous en a fourni deux exemples. Agnès Thill, députée de l’Oise, membre de ce groupe En Marche, a osé contredire la ligne officielle en contestant l’extension de la procréation médicalement assistée au profit des lesbiennes ou des femmes seules, c’est à dire la programmation légale de l’enfant sans père. Accusée de porter préjudice à la cohésion du mouvement, elle a été exclue de ce « parti sectaire », selon ses propres mots, qui étale sans vergogne sa volonté d’être un parti unique au service d’une pensée unique. Mais la politique est le combat des idées, et il n’y a pas de démocratie sans confrontation des idées. La pensée unique qui s’en formalise est une forme douce de despotisme, celle que craignait et qu’annonçait Tocqueville. Le bras de fer entre Agnès Thill et le parti présidentiel n’aura duré que ce que durent les roses, pour voir une poignée de politiciens peu soucieux de démocratie imposer le silence à l’une des leurs.

Le second exemple est celui du sort réservé à l’invitation adressée à Marion Maréchal par le MEDEF, syndicat patronal, à l’occasion de ses prochaines universités d’été, pour participer à une table ronde sur la montée du populisme, à laquelle était aussi invitée la députée insoumise Raquel Garrido. C’était sans compter sur le sectarisme des mêmes qui annonçaient aussitôt qu’ils boycotteraient la réunion patronale, et cela par la voix de leur Président de groupe parlementaire, Gilles le Gendre, qui tient davantage du chef Chaudard de la 7ème Compagnie que d’un Président de groupe de premier choix. Ces menaces ont eu raison de l’invitation, le patron des patrons Geoffroy Roux de Bézieux a fini par annoncer qu’il renonçait à lancer cette invitation, comme si une marque criminelle ou une maladie contagieuse devaient isoler l’intéressée… Les syndicats n’oublient pas ce qu’ils doivent pour leur existence aux subsides de la République.

Le sectarisme, c’est la négation du débat, de la contradiction, de l’opposition, de la démocratie et donc de la République. De ce point de vue, c’est réellement inquiétant. Car évidemment chaque fois que nous nous trompons, nous sommes toujours absolument certains d’avoir raison. Etre convaincus d’avoir raison n’est jamais une preuve et encore moins une démonstration. Voilà comment, en France, pays des droits de l’homme, patrie de Montesquieu, Voltaire, Rousseau et Hugo, la liberté de parole est désormais monopolisée par une caste politique au détriment de ceux qui veulent et souhaitent s’exprimer au nom de la liberté d’opinion.

Dans un tout autre registre, plus anecdotique, et dans l’actualité de la semaine, peut-on passer sous silence les frasques de Khalid Bouksib ? François Hollande avait Léonarda. Emmanuel Macron avait Benalla. Edouard Philippe aurait Bouksib ! Serait-ce au tour de Matignon de se trouver au bord de l’œil du cyclone ? Un certain Khalid Bouksib, se disant, à en croire Libération, « expert en politique internationale » aurait été, comme l’a aussi révélé Médiapart, arrêté pour « violences volontaires sur une personne dépositaire de l’autorité publique ». Rien que de bien banal de nos jours : il aurait boxé un CRS. Mais, et cela fait désordre, il aurait ajouté « Tu ne sais pas à qui tu as affaire » ! Il aurait affirmé être le « conseiller communication et diplomatie » d’Edouard Philippe qui, comme on le sait a pratiqué quelque peu la boxe et avec qui il aurait, paraît-il partagé quelques séances d’entraînement. La levée inhabituelle de sa garde à vue à cinq heures du matin, ce qui ne se produit jamais en pleine nuit, disent les juristes, intrigue les tenants d’une intervention venue d’en haut et émoustille ceux qui n’arrêtent pas de formuler des hypothèses…

J’en reviens à mon titre. Tout cela est préoccupant.

Pierre Nespoulous

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