Privat et le Languedoc

Il n’y a depuis toujours qu’un Languedoc même s’il est bicéphale et il vaut mieux deux têtes qu’une seule surtout si elles sont complémentaires.

Dans leur monumentale “Histoire générale de Languedoc” les dominicains Dom Devic et Dom Vaissete n’avaient jamais divisé le Languedoc et entre 1870 et 1908 Edouard Privat réalisant l’une des oeuvres éditoriales les plus importantes de l’époque avait confirmé que l’histoire du Languedoc de Toulouse et de Montpellier devait s’écrire ensemble.

La dernière édition de l’“Histoire générale de Languedoc” éditée par Privat est préfacée par Emmanuel Le Roy Ladurie de l’Institut et introduite par Arlette Jouanna, Professeur à l’Université Paul Valery à Montpellier et René Souriac de l’Université du Mirail à Toulouse, ce qui montre bien que devant l’histoire, le Languedoc est unique.

Les éditions Privat persisterait dans la constante position de leur fondateur avec “l’Histoire du Languedoc depuis 1900 à nos jours” publiée en 1980 où il n’y a toujours qu’un seul Languedoc.

Chez d’autres éditeurs, les professeurs André Armengaud de Castres (Université du Mirail, Toulouse) et Robert Lafont (Université Paul Valery, Montpellier) publiaient en 1979 “Histoire de l’Occitanie” où il n’y a naturellement qu’un seul Languedoc.

Né à Puylaurens dans le Tarn, universitaire à Toulouse et à Montpellier dont il devint le maire et le Président de Région, auteur de “Toulouse et la région Midi-Pyrénées au siècle des lumières vers 1670 et 1789”, Georges Frêche, enfant des deux Languedoc, apprécierait-il la fin d’une séparation ?

Privat n’en continuait-il pas moins de faire appel au bicéphale universitaire exprimé par Toulouse et Montpellier notamment dans sa publication régulière des “Annales du Midi” et des “Cahiers de Fanjeaux” qui sont une richesse historique pour le Languedoc.

Car la révolution n’a pas divisé le Languedoc, elle a créé des départements.

Du 15 janvier au 25 février 1789, cinq mois avant les Etats généraux, se tint à Montpellier la session ordinaire des Etats du Languedoc; elle devait être la dernière car le 15 janvier 1790, l’Assemblée nationale ordonna la division du territoire en Départements, Districts et Municipalités (sic).

Le 22 janvier un département maritime : ce sera l’Hérault. Le 23 : la Haute-Garonne avec Toulouse; le 27 janvier autour de Foix : l’Ariège; le 29 janvier avec Carcassonne : l’Aude; le 3 février celui de Nîmes : le Gard; le 5 février celui de Castres : le Tarn et celui du Gévaudan : la Lozère. Il en résulta que le 30 mars l’Archevêque de Narbonne écrit au Conseil d’Etat pour lui demander ce que l’on doit faire des personnes qui servaient l’administration de la province.

En effet, le budget des Etats du Languedoc est encore en exécution ; les deux universités de Toulouse et de Montpellier sont financées, les routes et les ponts sont servis, les troupes royales sont entretenues, le don gratuit au Roi a été versé, car le seul budget est celui de la Province, il n’y a pas de budget d’Etat.

La Révolution n’a donc pas créé deux Languedoc mais des départements.

 

Bicéphalisme prometteur

La dualité d’aujourd’hui n’est pas un obstacle. Deux fleuves Garonne et rêve occidentale du Rhône vont vers deux mers. Entre Massif central et Pyrénées, il y a cinq millions et demi d’habitants et la troisième région française.

 

Persistance d’un triangle prédestiné

Voici 800 ans, le triangle était celui de Pierre 1er d’Aragon, de Marie de Montpellier, son épouse et de Raymond VI, son beau-frère.

Le triangle existe toujours, Toulouse-Montpellier-Barcelone : il a de l’avenir.

Enfin, comment ne pas voir ces extrémités qui deviennent des centres. Mazamet et Saint Pons ne sont pas les appendices lointains de leurs régions mais deviennent le centre exact du Languedoc unifié.

Comment conclure sur un bicéphalisme prometteur sinon par un exemple historique que j’avais récemment évoqué ici même.

“C’est ici, en effet, que l’univers des deux Languedoc a montré voici plus de trois siècles sa capacité de réaliser de grandes ambitions comme celle de réunir les deux mers.

C’est depuis le seuil de Naurouze où l’eau coule dans les deux sens que les deux Languedoc se séparent, se rencontrent ou s’effacent pour n’être qu’un seul.

Pour que cela soit, il fallut une volonté souveraine, l’adhésion de Colbert, l’insertion dans la politique économique nationale, le service et le contrôle d’administrations provinciales déjà modernes, les plus grandes techniques du temps et le souci constant d’épouser avec grâce et parfois avec majesté l’humanité de la nature.

Ce fut un Languedoc unique qui depuis Toulouse, Narbonne, Béziers, Montpellier et Nîmes, depuis le Lauragais, Revel et la Montagne Noire réalisa la plus grande œuvre classique de l’époque à qui il ne manqua rien jusqu’à ce bouillonnement culturel qui environne les grandes entreprises.

Jacques Limouzy

 NDLR : A ce sujet, lire les deux éditoriaux de La Semaine :

 “Il n’y a qu’un Languedoc” (Vendredi 25 avril 2014)

“Un remariage de raison” (Vendredi 13 juin 2014)