Propos d’actualité

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« Qu’ils viennent me chercher ! » s’était-il exclamé avec arrogance. Je crois qu’un certain nombre de Français l’ont pris au mot. L’autre samedi, ils étaient sous ses fenêtres près de l’Elysée. Déjà, sur le porte-avions Charles de Gaulle, Emmanuel Macron reconnaissait son échec dans la réconciliation du peuple et de ses dirigeants, et disait vouloir « redonner aux classes populaires et aux classes moyennes des perspectives, des capacités à construire le progrès », ce qui, vous en conviendrez n’est qu’une suite de mots et ne mange pas de pain. Dans un vaste et inédit « mouvement de gilets jaunes »,  après plusieurs semaines de manifestations, voire d’émeutes, des dizaines de blessés et même plusieurs morts, Jupiter a daigné descendre de l’Olympe. La fin du « moi » pour s’adresser à ceux qui ont du souci pour la fin du mois…

Il fallait une réponse politique. Et cette réponse politique ne pouvait être que le fait de celui qui avait provoqué ce vaste mouvement de protestation. Comme il s’est muré dans un long silence, la situation a dégénéré. Les événements lui ont appris que si le pouvoir vient d’en haut, la confiance vient d’en bas. Par son mépris du peuple et ses multiples propos humiliants à son égard, Emmanuel Macron n’a fait que précipiter un phénomène qui était inévitable et ne pouvait en retour qu’ouvrir les vannes du fiel et de la détestation sur les réseaux sociaux. Bien sûr, pour s’en défausser, il évoque « 40 années de malaise qui resurgissent », conformément à l’aphorisme célèbre « Nos prédécesseurs sont des incapables et nos successeurs des intrigants ». Si, dès l’origine de la contestation, il avait consenti la mesure qu’on lui réclamait, de supprimer la hausse des taxes sur les carburants, cette goutte d’eau qui a fait déborder le vase des récriminations, tout se serait calmé. Plus tard, c’était trop tard, puis trop peu, d’où la surenchère.

Ce lundi, son discours différait des propos hors sol, tenus avec des mots désincarnés et satisfaits prononcés depuis le G 20 à Buenos-Aires alors que Paris brûlait. Le ton était à la fois grave et désemparé, le visage crispé, totalement inexpressif. « Mon seul souci, c’est vous », disait-il aux Français, ce qui rappelle les slogans dont nous inondent les banques. Les commentateurs se sont longuement étendus sur ce « mea culpa » du Président concernant des propos qui, à plusieurs reprises, ont pu blesser nos concitoyens, et sur sa conscience d’entendre « une colère juste à bien des égards ». Mais il ne suffit pas de changer de mode de communication ni de faire preuve d’humilité pour bien gouverner…

Alors Macron a sorti le chéquier. Bruxelles, les yeux fixés sur la règle des 3%, ne va pas aimer ! Pour Emmanuel Macron, le « progressiste », l’ « Européen », celui qui combat la « lèpre nationaliste », s’asseoir sur les sacro-saintes règles de l’Union Européenne n’a rien d’anodin ! Annulation de taxes, relèvement exceptionnel du SMIC, annulation de la CSG pour une catégorie de retraités, retour à la défiscalisation des heures supplémentaires initiée par Sarkozy puis supprimée par Hollande. Toutefois ces choix sont sélectifs et ne satisferont qu’une partie des mécontents. Déjà, sur les ronds-points, les gilets jaunes revendiquent, même s’ils ont obtenu en 6 semaines ce que les syndicats n’ont pas obtenu en 30 ans (à quoi sert la CGT ?). Pas de mesure sur le pouvoir d’achat, pas de réindexation sur l’inflation des salaires et pensions, rien pour les commerçants, artisans, professions libérales et agriculteurs si présents sur les ronds-points, pas de décision surtout en ce qui concerne la dépense publique, fléau de notre économie. D’où la déception qui en découle ; de nombreux commentateurs iront plus loin, regrettant que la question migratoire et la question identitaire qui en découle de fait, soient évacuées.

Et maintenant, que faire ? Réhabiliter l’autorité présidentielle qu’il a ridiculisée, s’attaquer réellement aux doléances des démunis et des chômeurs, qui sont aussi absents de ces mesures ? Il est vrai qu’il n’est qu’à traverser la rue pour trouver un emploi ! Les « gilets jaunes » sont une opportunité pour entrer dans l’Histoire. La dernière. On en est là. Le panache ou le chaos !

Pierre NESPOULOUS