Propos de rentrée

De « La Révolte des illettrés » de Jacques Limouzy à « La fabrique du crétin » de Jean-Paul Brighelli, on ne compte plus les ouvrages ou les chroniques qui ont trait au désastre annoncé d’une école où « l’animation se substitue à l’enseignement ». Les éducateurs sont souvent égarés par des idéologies insolites, dont l’exemple de l’écriture inclusive est un des derniers avatars. Et le résultat, si souvent constaté, se trouve dans la mauvaise note que récolte notre système éducatif dans les classements PISA. Et si l’erreur avait été de débaptiser le Ministère de l’Instruction publique pour en faire le Ministère de l’Education nationale ?

Avec l’approche de la rentrée scolaire, reviennent les soucis des parents désireux de voir la réussite de leurs enfants et l’appréhension de ces derniers lorsqu’ils doivent s’adapter à un nouveau type d’établissement. J’ai retrouvé un Mémoire d’un Inspecteur général, Jean Larrasquet, destiné en 1944 aux élèves qui vont entrer en sixième. J’ai bien peur que, de nos jours, nos jeunes potaches issus des CM2  ne trouvent ces exigences bien ambitieuses et les professeurs, trop élitistes. Pourtant, elles étaient réalistes il n’y a pas si longtemps :

« A l’entrée en sixième, l’élève doit être rompu à l’analyse : s’il ne peut analyser instantanément tous les mots, tous les verbes, toutes les propositions de dix phrases dont il comprend le sens, il n’est pas en état de suivre utilement la sixième, il est «noyé» dès le premier jour.

Car il entendra, sans rien y comprendre, parler de sujet, épithète, attribut, apposition, complément de nom, d’attribution, complément d’objet direct, de cause, d’agent, de but, de manière, de temps, de propositions indépendantes, principales, subordonnées, de verbe transitif, passif, pronominal, réfléchi, défectif, impersonnel. L’élève entrant en sixième doit avoir la connaissance parfaite de ces notions. Le professeur ne doit pas s’attarder à les expliquer, il doit les supposer connues et ses élèves doivent être rompus à les reconnaître et à les analyser dans une phrase : l’élève qui n’en a pas la connaissance imperturbable est condamné, dès le premier jour, à ne rien comprendre et donc à ne rien apprendre. Les parents qui insistent pour l’admission en sixième malgré cette ignorance doivent, dès le premier jour, quitter tout espoir dans le succès de leur enfant.

Avant d’entrer en sixième, il est indispensable que l’enfant ait la connaissance de la conjugaison parfaite de tous les verbes réguliers, par groupes et par sortes de verbes : les auxiliaires être et avoir, les transitifs actifs aimer, finir, recevoir, prendre, entendre, les transitifs passifs être aimé, être fini, être reçu, être pris, être entendu, les intransitifs conjugués avec avoir, tels que courir, les intransitifs avec être, tels que partir, venir, les pronominaux réfléchis, tels que se blesser, les pronominaux non réfléchis, tels que s’envoler, les impersonnels, tels que il faut, il convient, les défectifs tels que il agît…»

Il est courant d’entendre de nos jours qu’un certain nombre d’élèves entrant en sixième ne sait pas lire correctement ! Alors, si l’on affirme qu’un élève ne sait pas lire en fin de CP, il doit redoubler s’il n’a pas acquis cet apprentissage. Mais que dites-vous là ? Les pédagogues progressistes et militants, dans leur hypocrisie, leur aveuglement et la chape idéologique qui a sacrifié des générations d’enfants à des méthodes discutables de lecture globale ou de mathématiques modernes, vont vous traiter de passéiste, de conservateur, voire de pétainiste. Pour endiguer l’échec scolaire, nombreux sont ceux qui souhaitent un recentrage sur les savoirs fondamentaux, l’école étant chargée, avec « l’instruction publique », d’apprendre à lire, écrire et compter, et, puisqu’il faut y ajouter « l’éducation », à dire : bonjour, s’il vous plaît, merci !, Est-il difficile de dépasser les blocages institutionnels et corporatistes ainsi que ceux d’une psycho-pédagogie délirante ?

Pierre Nespoulous